Jukun blog

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09 août 2009

Ainsi vont les voix ...

On écrit beaucoup sur les instruments et leurs musiciens, trop peu sur les chanteurs. Trop surs d’eux avec leur instrument interne ces derniers ont une fâcheuse tendance à se prendre au sérieux et cela très tôt dans leur ascension vers les hautes sphères de l’élite musicale. Si les mélomanes guettent tout défaut vocal, le grand public aura tendance à voir en ces quelques personnages une classe de surhommes aux cordes larges et à la voix profonde. Derrière ces quelques talents se cachent de longues heures de travail dont le chanteur rend rarement et difficilement compte trop heureux d’être pensé talentueux, né avec un don, une voix chaude et colorée. En réalité peu de chanteurs se savaient avoir un tel pouvoir musical en eux avant quelques années et peu osent avouer sérieusement avoir travaillé dès la prime enfance pour se retrouver sur les grandes scènes à chanter des répertoires adulés. Derrière la trop grande importance que s’offrent certains grands du domaine se cachent une horde de petits chanteurs qui se prennent souvent trop au sérieux, surtout quand ces derniers souffrent d’une médiocrité abjecte qui les hante. Le meilleur chanteur demeure le timide, celui qui craint d’entendre perler sa voix et qui ne s’étale pas des heures sur l’ange interne qui s’éveille lors de ses gammes. Le bon chanteur est humble, évite les enregistrements scabreux et les émissions à sa gloire unique. Il aime la compagnie de ses amis et chanter pour les autres pour le simple plaisir qu’il leur procure et se procure. Si il oublie derrière la performance le doux désir de plaisir qui le poussa à fréquenter les scènes, ce dernier est perdu pour toujours. C’est ainsi que les plus grands chanteurs se sont perdus à fondre sur des rôles pour le simple goût de la performance alors que leur voix ne réclamait pas d’être travesti à ce point. Certainement une certaine rengaine après un ténor à la voix doucereuse me pousse-y-il à porter cette critique. Je ne me lancerai pas dans un débat pour noyer le poisson mais je me contenterai de dire qu’à vouloir enregistrer et donner des références à notre temps, on se trouve parfois plongé dans une boue qui nous colle à jamais. Tout le monde n’est pas Pavarotti et quiconque voudrait faire plus que lui aurait vite fait de se fatiguer, de se discréditer. Mais passons cette critique pour offrir une vision des voix dans la musique. Nous tairons les oppositions avec les musiciens, ces derniers sont belliqueux (surtout les violon I) et aiment à se détruire entre eux. Mais quand ils se trouvent dans la fosse, écrasés par le poids des chanteurs et qu’ils se démènent pour couvrir sa voix alors que le chef les en défend, baguette levée, poing serré, c’est toute l’opposition de la concorde musicale qui se présente. Sans le chef toute formation se complairait au plus grand pugilat que l’histoire eut observé. Car que ce soit à l’opéra ou dans un chœur, les égos raisonnent parfois plus fort que tout instrument. Mais que dire des chanteurs un à un ?

Voix la plus profonde, le basse est souvent pensé comme un gros homme crachant un grave tout droit venu des profondeurs de l’enfer. Rigolard et aimant boire sa bière, il fait penser chez les musiciens à l’alto souvent décrit comme buvant et travaillant peu, si ce n’est pour pointer la difficulté apparente d’un passage. On le pense lisant sa partition pour la première fois le jour d’une générale sa voix ne recelant aucune difficulté. De toute évidence ce dernier est là pour contenter et contempler les demoiselles qui peuplent les rangs des formations musicales. Criant, beuglant, plus qu’il ne chante il fait fondre les femmes et parfois les ténors qui préfèrent cependant s’en tenir éloigné par soucis de ne pas mélanger les graves aux doux aigus. Cependant avec ses rondes creusant dans la partition vers les profondeurs de l’océan, ce personnage est souvent dépeint comme tirant vers le bas le reste des voix. Une faute dans un enregistrement ? Ce dernier sera incriminé, pas capable d’assurer un pianissimo, il est dépeint comme le diable en personne, sans sens musical ni virtuosité. Au fond chacun le jalouse pour sa nonchalance et les rôles de méchant qui lui sont attribués. Lui n’est pas obligé de s’affubler de collants bariolés pour rendre crédible sa partition. Au sein même du pupitre certains se disent nobles tandis que les autres s’affubleront du titre de baryton, mais tous au fond s’entendent quand il s’agit de jaser sur la soprane qui leur fait face et qui laisse observer une gorge blanche et douce à laquelle ils feraient miroiter tous les diables de la terre. Il jouit de quelques uns des plus beaux rôle de l’opéra mais souffre souvent par son dégout des médiats de l’ombrage des voix hautes qui se complaisent à bronzer sous les projecteurs des plateaux télévisés.

L’alto serait chez les femmes l’équivalent des basses. A la voix plus ronde et plus douce que les aigus vertigineux de la soprane, elle alimente et agrémente les partitions de quelques parties anthologiques demeurées sous silence derrière les hautes notes crachées par leurs voisines. Ce terme est aussi employé pour quelques hommes dont la technique de fausset offre des aigus fournis et délicats qui laissent souvent béat un public non averti. Mais derrière ces femmes il faut voir le chœur même des ensembles vocaux. Une décontraction et une simplicité qui fait envie. Elles ne se congratulent pas pour leurs graves comme le feraient les sopranes pour leurs aigus, elles en ont conscience (à l’instar de leurs voisines sopranes), si leur tessiture le leur permet il n’y a pas de quoi fouetter un piano. Chez les solistes certaines aiment cependant crever la scène mais elles demeurent rares et bien souvent c’est leur humanité qui les caractérise. Tour à tour chérubin chez Mozart, Carmen chez Bizet, elles offrent les plus belles partitions sans que personne ne semble jamais rêver un jour posséder leur tessiture. Pourtant, à les entendre d’aucune ne voudrait un jour passer à la tessiture supérieure. Et nous les comprenons, au fond secrètement j’avoue les envier !

Souvent pensée comme diva, détestable et excentrique, la soprane frôle la limite de l’humain en imposant des aigus à en éclater un verre. Derrière l’image de la castafiore opulente c’est à ce jour des mines policées et maigrichonnes qui peuplent les scènes. Dans un chœur, toujours dissipée et rigolant elle aime à contempler les pupitres masculin, rougissant dès que son regard est intercepté par un de ces bellâtres de basses. Elle regarde peu les ténors, ces derniers sont au fond les seuls d’une formation qui pourraient leur porter offense auprès du public en imposant à son tour une gamme vertigineuse. Pouffant à chaque mot d’esprit du chef, elle aime rappeler par ses ricanements répétés sa présence au sein d’une formation. Persuadée d’avoir toujours la difficulté dans une partition elle aime être traitée en retour selon le rang qui lui est pourvu. Si certains compositeurs ont écrit des parties sublimes pour elles ce n’est pas pour rien ! Elles ne sont pas égocentriques, juste trop certaines de leur talent et elles désertent vite les petites formations pour se perfectionner dans une classe, auprès d’un maître plus côté dans la bourse du lyrique. A l’image de Violetta dans la Traviata c’est une courtisane assoiffée de reconnaissance. Au fond elle est attachante et malgré son excentrisme on l’aime bien. C’est un peu la blonde du groupe que l’on protègerait de l’ignoble voisin trop enclin à contempler le décolletée de la diva que la tessiture de cette dernière. Mais toutes ne sont pas ainsi à se complaire dans l’opulence. Certaines sont d’une délicatesse certaine et chantent avant tout par goût et passion sans se soucier des facéties de leurs voisines de pupitre. La soprane n’est pas pudique, elle aime sa voix et veut la faire entendre. Et quand la choriste rencontre la soliste c’est toujours pour la jalouser. A ce combat force est de constater que la soliste est souvent plus simple que la choriste qui guette la moindre erreur pour glisser à sa voisine qu’elle eut mieux fait si seulement le chef le lui avait proposé. Ainsi entendriez vous chantonner (souvent mal il faut le dire) quelques choristes trop sures d’elles pour prouver à la soliste que cette dernière n’a pas grand intérêt. Et si les hommes soutiennent dans la médisance c’est pour ne pas souffrir des représailles car la soprane est mauvaise et derrière ses In Paradisum, elle cache des ongles aiguisés. Attention au loup qui dort. Mais heureusement toutes ne répondent pas à ce tableau d’enfants capricieuses … mais sans trop chercher sans mal vous en rencontrerez.

Pour finir le Ténor est l’homme le plus sur de lui. Persuadé d’être un virtuose il impose son bel canto quand cela n’est pas nécessaire. A en juger par la didactique même que je développe, ayant posé une majuscule à ma tessiture alors que je n’en faisais pas de même pour le reste des voix. Autre fait révélateur, la quasi nécessité de faire savoir sa voix! Le ténor fricote avec ses voisins de pupitre et quand il est soliste il se complait à marquer sa félicitée en se plantant droit comme un piquet pour chanter deux mélodies sans saveur. Au fond il rêve de se marier à une soprane pour former un couple de star qui crèveraient la scène et feraient rêver les autres. C’est souvent lui qui répond volontiers aux attentes des journalistes en répondant aux interviews et en proposant des émissions sur sa vie, son œuvre, son enfance, son apparition, sa région, son pays, sa famille, sa femme … et j’en passe. Il aime marquer que lui travail à l’instar du basse et que les aigus demandent un régime de vie particulier. A l’écouter c’est le seul à avoir du mérite dans son travail. Mais ne vous fiez pas à l’assurance de ces frêles personnages. En réalité certains baves sur leur voisin, tandis que d’autres jalouses les basses pour des graves qu’ils n’atteindront jamais. Car oui, le ténor est envieux, jaloux, narcissique et au fond fatiguant à virevolter sur les partitions comme un oisillon tentant de sauter de son nid sans s’écraser au sol. Un jour héroïque, le lendemain lyrique, léger ou spinto, jonglant entre le comte Almaviva, Calaf ou encore Don José et Manrico, il se risque parfois à quelques facéties de baryton pour contenter son narcissisme virulent. Sa voix ne lui suffit pas, son répertoire non plus et c’est pourquoi il se sent obligé de noter toute évolution d’étendue vocale. Si cette dernier, évolution, est une traduction d’une voix qui murit naturellement il se contentera en parlant d’un travail qui porte ses fruits. Mais au fond le ténor est attachant et fragile, il protège sa voix et aime le faire savoir. Et quand il use de voix de tête n’allez pas lui parler d’artifice ou de voix travestie, ce dernier vous parlera de technique, technicité, travail et évolution. Car dans le chant il est à coup sur le plus adulé, le plus énigmatique et le plus rêvé et si ce n’est vrai cela n’est pas bien grave, tant que ce dernier s’en persuade tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. La modestie n’est pas son atout principal ou alors faut il chercher dans quelques formations qui ne crèvent pas l’écran. Il suffit de tomber sur quelques émissions pour s’amuser d’un ténor s’enorgueillissant de quelques félicitations qu’un critique bavant lui offre alors que ce dernier est critiqué par un public qui ne saurait lui pardonner la moindre faute non pas de note, mais de goût !     

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19 juillet 2009

A la rencontre des sentiments

Regard de braise, cheveux de gaie et peau ensoleillée. Léger plissement des yeux et lèvres gourmandes, humectées, mordues comme solennellement dans un rictus appelant au baiser. Des yeux de biche dont la profondeur invite à s’y plonger dans le calme et la douceur d’un marron ténébreux prêt à faire chavirer tout homme s’y contemplant. De ce regard je ne peux retenir que l’apaisement des sens qu’il provoque, le plaisir auquel il convie sans mot dire. Puis, comme emporté par un sourire ce regard se fend, s’entreferme jusqu'a se clore à l’instant même ou mes lèvres rencontrent les siennes. S’en suit une cérémonie douce, tempérée,  que ce soit dans le vent, sous la pluie, en plein soleil, toujours un même entrain, comme une prière que l’on ne dirait qu’en chuchotant et dont nul renversement ne nous déconcentrerait. Religieusement, de manière quasi cérémonielle, les bouches s’entrouvrent, se rencontrent et se libèrent comme un flot de parole se déversant sans discontinuer. Il ne s’agit alors plus uniquement de s’embrasser mais de s’offrir. Un plissement des doigts, la rencontre des mains, un nouveau sens qui s’éveille alors que les caresses se proposent, hésitante pour commencer puis, comme cédant aux dogmes qui les retenaient, se délivrant et se présentant à l’autre. Une main glissant dans des cheveux longs, lisses et comme reflétant l’ébène tandis que la seconde, aventureuse, ose caresser le visage, rencontrer les lèvres, délimiter la joue et s’aventurer sur un cou au port délicat. Peau douce invitant à la caresse, les mains se font alors plus présentes, plus pressentes à mesure que les baisers s’intensifient, s’accélèrent comme dans une course effrénée, une farandole solaire se laissant aller à l’explosion comme refusant la nécessité de reprendre son souffle. La caresse se fait alors de même plus brutale, douce cependant, s’emmêlant en ces cheveux pourtant claires jusqu’alors, s’accrochant à la tête comme pour inviter le baiser à une fougue moins solennelle. La douceur ne disparaît pas pour autant, mais la passion explose et se fait plus instinctive (les philosophes me disputeraient l'usage de cette terminologie), plus animale en ces secondes ou la raison quitte tout entendement et ou seuls les sens s’exposent et se livrent.

 

Le baiser se calme, la main glisse comme attirée vers des zones qu’elle n’avait encore remarquée. Dans ce baiser les corps se faisant face se sont rapprochés, collés, comme serrés par un étau invisible les conviant à une proximité, une intimité totale. Alors que le baiser se fait doux, le souffle coupé, je sentis sa respiration, haletante, comme hésitante sur la suite à donner. La poitrine qui se gonfle, effrayée par quelques soubresauts passionnés, se rétractant et se collant à nouveau au torse dans une danse émerveillée invitant au plus merveilleux des voyage. Le souffle court, haletant lui aussi, ne propose cependant aucune trêve à l’étreinte. Il n’est pas question de capituler en cet instant, mais de continuer cette valse des sens et des sentiments. Laisser alors ses mains tomber, elle toujours sur mes cheveux et moi me laissant aller à découvrir ses courbes que la passion m’invite à désirer. Un corps fin, comme fragile sous la harde des baisers que l’un et l’autre se rendent non plus par simple politesse mais par désir mutuel, révélé et emmené jusqu’à éclosion explosion. Une chute de rein, un ventre lisse, caramélisé, à la douceur de la plume, un miel des plus exquis, sauvage et invitant à la caresse, à l’exploration. La main s’égare, se perd, remontant et descendant comme pour s’assurer que la douceur est bien réelle. Pas un défaut, un lait tiède et suave qui s’offre. Remontant, à la croisée des mondes, rencontrant ces seins qu’il ne pouvait voir encore dans l’étreinte du baiser, il découvrait, presque tremblant dans l’assurance qu’il s’offrait, de découvrir ces roses écloses qu’il convoitait. A l’éveil des sens, dans un léger râle, souffle coupé par le désir éveillé, le baiser se veut rassurant, délicat et passionné. La paume s’imprègne de ce nouveau paysage qu’elle ne connaît pas, tout comme le spectateur regarderait un tableau exquis pour la première fois, dont il ne voudrait oublier la profondeur du trait et la délicatesse du regard. Un linge se laisse alors tomber, la voilà toute nue dans la candeur des baisers, se présentant, s’offrant au regard de son bien aimé. Encore tremblant de sa découverte, le chercheur s’arrête alors, il ne marque pas le regard démoniaque propre à certains pêcheurs trop fiers de leur prise, il découvre ce que son toucher rencontra et reprend ses baisers pour contenter la belle qu’il ne veut effrayer. Puis, comme rassurée s'abandonnant à l'ivresse et la fièvre des caresse, ils goutèrent à leur première nuit ensemble. Il n’est alors plus question de sexe, d’aller "plus loin", seulement d’une étreinte claire et calme. Ils n’iront pas plus loin, ils se découvrent et s’aiment pour la première fois.

 

Voilà, un lot de sensations, des mots posés sur des sens sans vouloir ni choquer ni effrayer. Le calme de la jeunesse se découvrant encore et s’extasiant de sa douceur. Des sentiments tout aussi purs que ces baisers échangés dans les gares, les parcs et les allées. Une poignée de secondes qui laissent à la poésie des poèmes entiers, aux romans des paragraphes additionnés sans que nul ne traduise jamais la passion au demeurant mais l’impression qu’il ressent de cette dernière. Dire qu’il s’agit d’un autre serait alors mentir ou faire preuve d’un grand talent car dans la chaleur des baisers, c’est avant tout de nous que l’on cherche à parler et penser qu’il en serait autrement dans l’écriture serait se fourvoyer. Ainsi ces lignes sont elles comme le prolongement des sensations, qu’il s’agisse d’amour ou d’élan politique l’objectivité ne sera jamais totale et toujours on se complait à penser que le temps aidant la sagesse permettra de se défaire de ce fait. Pour ma part je me résigne, en amour tout comme en écriture c’est mon cœur qui se livre et s’il se tait c’est qu’il n’a pas la volonté de s’ouvrir. Dans ce cas la chose est assez claire, encore faut il l’accepter. Ainsi, à la rencontre des sentiments c'est tant la passion que l'écriture qui se libèrent, c'est le sens de création qui se livre, s'éveille. L'oublier serait mentir, le tuer serait criminel. C'est pourquoi je ne voulu pas m'empêcher d'écrire ces lignes dont la délicatesse traduit avant tout le respect porté à ce baiser offert, échangé sur les quais puis dans les champs, entre fouilles par deux tendres amants.

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Un nouvel été

L’été, saison de la fin d’année, des campagnes qui se suivent. Voilà longtemps que je n’ai gratifié ces pages d’un nouveau billet. J’écris mais plus aux même fins, non pas que l’envie m’en manque mais le temps passant je trouve de moins en moins de temps pour alimenter ces lignes par un flot de mot que je voudrais toujours le plus proche possible de ma pensée. C’est ainsi que j’ai décidé de délaisser à défaut de gangréner ces pages de termes désuets et de proses lassantes. Mais revenons sur ce qui alimenta ces derniers mois.

 

La grève m’occupa plus d’un temps. Les réformes s’amoncèlent avec le lot d’injures qu’elles contiennent sans que personne ne semble avoir rien à redire quant à ces pratiques. Mais voilà, la classe présumée des penseurs et leur horde d’étudiants font fient de l’ordre établi et osent s’insurger contre la sainte parole étatique. Non pas que nous soyons d’un naturel révolutionnaire, quoi que l’on puisse en penser de derrière l’écran, mais certains aspects autocratique développés dans des textes votés à l’Assemblée ne peuvent qu’aller dans le sens d’un mécontentement grandissant, se traduisant par un soulèvement universitaire. Stigmatisé un temps, ce mouvement dépasse de loin l’entendement simple relayé par les médias voulant voir en ces réactionnaires une troupe de joyeux lurons plus enclin à prendre le soleil hors des salles qu’à revendiquer quoi que ce soit. Vous vous en doutez la médiatisation négative du mouvement ne traduit aucunement une déraison de l’opposition. Si des chercheurs, qui se complaisent habituellement dans des bureaux sombres empoussiérés, ont osé battre le pavé ce n’est pas uniquement dans l’idée de fêter la révolution avec son 220e anniversaire. Non, si des scientifiques ont quitté leurs laboratoires c’est bien que des choses dérangent. A commencer par les textes, à gonfler par le flegme et le manque de tact avec lequel le chef de l’Etat pour ne pas oser dire le Président, traite cette classe qu’il semble juger désuet. Si les penseurs dérangent et font l’objet de moqueries c’est bien qu’ils ont encore un certain pouvoir à relever et à appuyer. N’en déplaise à certains les muets ont aussi le droit de prendre la parole. Après des années à laisser les étudiants passer pour un troupeau de brebis asservit par la gauche, les chercheurs ont enfin prit le pas et comprit l’importance d’une grève. A défaut de gauchiste nous, étudiants, sommes maintenant traités de brebis aliénées par l’enseignement. Qu’importe nous savons bien ce qui nous mena aux manifestations et nous invite dès la rentrée à reprendre du service dans la contestation.

 

On parlera d’année gâchée, d’année bâclée, de diplômes distribués. Qu’importe nous savons, nous, la réalité de la chose et comprenons bien l’importance de ce semestre non pas sacrifié mais mit à contribution d’une opposition couvée, cachée. J’ai ainsi eu mes examens et ce serait mentir de dire que ces derniers furent simplifiés. Certains enseignants n’hésitèrent pas à faire preuve de sévérité envers ceux qui, loin des contestations mais aussi de l’université avaient préféré fuir non pas par preuve d’opposition au mouvement mais prit de l’envie irrésistible de partir en vacances. Ainsi donc le semestre s’acheva par son lot d’examens. Plutôt préparé, à croire qu’être gréviste ne fait pas forcément foirer une année, je me rendais ainsi à ces écrits et oraux pour achever la licence. J’appris il y a peu que je validais avec ma mention Bien, ratant la supérieure pour quelques égarements du premier semestre. Mais qu’importe l’année s’achève, la licence avec et je me prépare donc maintenant à débuter un mémoire. Etrange de se dire que tout passa si vite. De mon arrivée sur ces bancs à la sortie vers la recherche je n’ai pas vu le temps passer, défilant à la vitesse d’un train lancé à plein poumon. Cependant loin de m’en contenter je me dis que le chemin vers l’archéologie sera encore long. Pour ce qu’il en est du sujet que je convoite je ferai bientôt un billet à ce sujet.

 

L’été passant, les fouilles font de même. Ainsi suis-je allé à Etiolles pour une fouille riche sur un sol de toute beauté. Le décrire ne vous éveillerait sans doute pas grand plaisir mais je puis vous dire que le spectacle était plaisant pour un fouilleur. Foyer, amas de débitage laminaire, os, coquillage, le tout était réunit pour notre plus grand plaisir. Mais pour l’heure me voilà en vacances à Perpignan. Deux années que je n’étais venu en famille et cela me fait assez étrange. Nous ne sommes plus dans la maison de mon enfance, les paysages ont changé, le temps a passé, les gens ont disparu. Je suis heureux et mélancolique d’être ainsi en ces lieux. A mon retour je retrouverai à nouveau Etiolles pour encadrer cette fois avant de me rendre à Arancou et y fouiller, je l’espère, de l’industrie osseuse. C’est ainsi, à l’ombre des palmiers que mon été se passe, loin des tensions de la fac, des oppositions, mais prêt à élever la voix dès qu’il le faudra. En parlant de voix je continue bien entendu le chant avec le chœur, et j’espère intensifier mon rythme l’an prochain par quelques cours, en plus du théâtre, de la clarinette … autant dire que l’année ne sera pas de tout repos.

 

Pour l’heure je m’en retourne à la piscine où le soleil semble s’éveiller, lueur chaude et léchant les peaux dans un souci de cuire tout ce qui croiserait son regard. Ici le temps passe sans qu’on ne le lui demande et je me prélasse entre deux récits dans l’idée de mon retour sur Paris. Cela ne me déprime pas comme certains, au contraire tout cela me rapproche d’un rayon qu’il me tarde de retrouver.

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15 mars 2009

Une grève en musique ...

A chaque billet que je débute j’ai l’impression de me battre contre la même idée : que de temps depuis le dernier. En effet je publie moins que je ne le faisais par le passé, non pas que je n’écrive plus mais je ne prends plus ce faible temps qu’il faut pour publier la chose. C’est ainsi que depuis l’investiture d’Obama je n’ai pas prit le temps de faire savoir ce que je pensais de notre actualité. Pas la peine de s’étendre, comme beaucoup je tiens mon piquet toute la semaine dans l’espoir de voir une certaine Valérie plier face aux vents violents qui lui parviennent de tout côté. Mais le temps passe et seules quelques branches commencent à craqueter, mais nous ne perdons pas espoir et la grève continue, non pas entamée par l’indifférence médiatique, bien au contraire.

 

Ainsi quoi de nouveau depuis janvier ? Qu’ais je fait que je n’avais jusqu’alors osé réaliser ? Entre temps je me suis trouvé une nouvelle amie, douce, moins belliqueuse que la précédente, qui se laisse prendre en bouche en poussant un petit soupir d’excitation. J’ai enfin osé me mettre à la clarinette, pire je prends des cours et je m’amuse ainsi à jouer d’un instrument dont je m’étais trop longtemps contenté de rêver. Pendant ce temps je continue à chanter et il m’est même venu l’idée étrange de prendre des cours pour m’amuser plus encore avec ma voix qui n’est plus aussi timide qu’elle ne l’était à son début l’an denier. Ce début d’année de grève est donc assez musical, même très musical et je profite de ce temps offert pour chantonner dans la fac, y mener clari de même une fois par semaine.  

 

Au début du mois j’ai été voir les Noces de Figaro au Théâtre des Champs Elysées et je me suis régalé à rire devant ce bel opéra de notre glorieux mozart. Une partition bien moins magique que celle de Don Giovanni mais une possibilité de mise en scène qui me donne envie de prendre un stylo et d’en proposer une scénographie. Mais passons, en attendant je n’avance pas beaucoup à l’université, j’ai eu presque tous mes résultats et le semestre devrait se valider par lui-même quand la grève prendra fin (en fin de second semestre ?). J’ai quelques contacts pour aller étudier des collections en Grèce pour mon master mais je me tâte, j’ai encore parlé il y a peu avec des américains qui pourraient m’orienter pour bosser sur du Paléo Indien alors je me perds, je ne sais plus trop quoi faire entre vieux continent et nouveau monde j’avoue que mon cœur balance … et si je pouvais combiner les deux ? Mais passons, je pense déjà à mon été qui devrait s’encrer un long moment à Etiolles pour y fouiller sans doute deux mois, la Syrie n’étant plus qu’un lointain souvenir, faute de budget, faute de moyens …

 

Pour le moment je m’en retourne à mes partitions et je vous dit à très bientôt, dans quelques heures, semaines, mois ? Bientôt un départ aux Etats-Unis qui devrait me pousser à frotter ma plume plus encore que par mon habitude, alors qui sait, ce blog va peut être reprendre vie, si j’en ai le désir et vous l’envie.

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17 janvier 2009

La masse des imbéciles

La neige ne nous semble plus qu’un lointain souvenir, la pluie déjà s’abat à nouveau sur nos parterres gelés, sur nos toits fatigués en ce petit matin. L’hiver est arrivé sans prévenir, cristallisant en son silence les éléments qui survivaient dans les rues et sur les quais. Ma plume avait de même craquelé sous l’effet de ce phénomène soudain et durable. Je n’ai pas grande excuse, je n’écrivais pas vraiment ces derniers mois, sans trop savoir pourquoi, il me fallait sans doute à nouveau l’envie de le faire pour de bonnes raisons et voilà que ce désir revient, aussi violent et encore plus imprévisible que ce manteau blanc qui nous pétrifia pendant des jours. Mais pourquoi écrire encore en cette nouvelle année, quelle injustice pointer du doigt, que dire, qu’écrire à nouveau sous le son des violoncelles qui hurlent et pleurent en mon esprit.

Cela fera demain un an que ces violoncelles n’ont cessé de hurler, certains savent pourquoi, beaucoup l’auront oublié mais je ne viens pas ici pour offrir une prose et renarrer les faits. Le temps passe, l’eau coule, le vent souffle sans pour autant emporter les souvenirs qui demeurent et aident à penser la chose sous un jour meilleur et pourtant tout cela n’est pas évident. Tout me rappel à ses souvenirs sans me laisser m’en dégager, mais pour m’armer je me revêt d’un simple sourire, une pointe de folie qui ne laisse pas penser aux autres combien cela peut être difficile en ce mois d’hiver qui marque cette première année.

Mais que dire d’autre ? Je ne sais, sans doute m’emporter contre l’incapacité des gens à pointer du doigt quelques problèmes qu’il faudrait relater. La stupidité, la lâcheté humaine qui laisse des sujets crever comme des chiens sur un bout de trottoir puant l’indifférence et le mépris. Les premiers signes de condescendances passés, la mort guette à nouveau et les gens continuent de rendre leur dernier souffle en ces nuits froides sans logement. Cela me rappel un texte que j’ai écrit il y a hélas trop peu longtemps pour m’indigner de ces bénéficiaires dont j’apprenais le décès comme certains apprennent leur gamme, hélas trop de note en trop peu de temps.

«La neige ne tombe pas cette nuit. Le froid fige le présent. Les sapins se laissent bercer par un vent mordant qui écrase les quelques herbes que le gel n’a pas encore grillé. Seule la voix granuleuse d’un homme coupe ce silence glacé ; roque, sourde, lourde. Une large capuche noire tombe sur le nez de Walter, cachant ses yeux, couvrant cette tête que le temps avait vite agressé. De fines lèvres, tremblantes, semblent s’agiter pour offrir un mot étouffé avant même de naître, tué par le temps, rendu muet par le quotidien. Une respiration épaisse, âpre, fumante, bruyante, blanche, colore l’obscurité de ce matin d’hiver, plongeant ce visage fatigué dans un nuage épais et fugace.

Ce matin Walter reste muet, inconscient, cette nuit aura été sa dernière. Il n’est pas encore mort mais il ne bouge plus, inanimé sur les marches de cette gare de banlieue. Il est bien connu Walter, c’est le SDF de la gare, tout le monde lui sourit le matin, lui parle dès fois, en tout cas tout le monde se dit révolté de le savoir dans la rue en cet hiver. Mais ce matin il ne tremble pas, il ne parle pas, il sera bientôt rigide, ce n’est pas encore le cas mais pour le vérifier il faudrait le toucher. Or, il est peut être sale, un animal recroquevillé, plein de puces, de tiques, de poux, de virus, de maladies affreuses qui pourraient nous emporter. Alors on ne le touche pas, on ne vérifie pas, on ne va pas empêcher sa mort pour risquer la notre, ce serait un bon geste mais trop dangereux pour l’oser. On l’enjambe, il est dans ces marches on n’a pas trop le choix, le train arrive, l’écran le marque à l’approche, on l’entend déjà, il faut y aller, pas le temps de se pencher, de s’occuper de Walter. On l’enjambe, c’est plus simple, on monte dans le wagon, on oublie. Le lendemain il n’est plus là, on se rassure, quelqu’un a sans doute appelé les urgences et on le verra bientôt à nouveau sur le banc. Mais non, Walter est mort hier matin, tué par l’indifférence d’une masse pressée, trop occupée à s’indigner du retard d’un train.» 

Nous voilà bien dans notre bon présent qui s’indigne mais laisse faire, qui s’alerte mais n’agit pas. Au fond cela est bien triste mais je pense qu’on doit s’y faire, après tout la masse des imbéciles semble bien s’en accommoder, je devrais peut être faire de même … ou pas.

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26 novembre 2008

Qui a peur de l’archéologie ?

" L’archéologie participe de l’enchantement du monde. Par le contact brut qu’elle offre avec des objets enfouis et des civilisations disparues, elle redonne un sens à notre histoire commune, elle nous resitue dans le passé et dans l’avenir. D’où le succès, en France, des visites de chantiers archéologiques, des expositions et des conférences, ou encore des livres et des films qui racontent l’archéologie. Pourtant, cet appétit de connaissances n’a longtemps rencontré qu’un profond désintérêt de la part des responsables politiques, économiques ou encore de l’audio-visuel. Durant les Trente Glorieuses et encore au-delà, des dizaines de milliers de sites de toutes les époques de notre longue histoire – un million d’années – ont été détruits à jamais.

Peu à peu, une archéologie dite « de sauvetage », puis désormais « préventive », s’est mise en place, grâce à l’acharnement désintéressé de la communauté scientifique. C’est ainsi qu’a pu être enfin votée, en 2001, une loi sur l’archéologie préventive, dans le sillage de la convention européenne de Malte sur la préservation du patrimoine archéologique. Cette loi a créé un institut de recherche,  l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), qui compte aujourd’hui environ 2000 archéologues, répartis dans toute la France et qui mènent chaque année plus de 2500 chantiers. Ses résultats sont bien connus du public, par la presse régionale comme par les grands médias nationaux, ou encore par sa politique d’expositions, de colloques et de publications. L’INRAP est une institution d’un type nouveau dont le financement est assuré par une taxe suivant le principe « pollueur payeur »

Pourtant, depuis six années qu’il existe, l’INRAP n’a cessé d’affronter l’hostilité, déclarée ou larvée, d’une partie de la classe politique – indépendamment des préférences partisanes – alors même que les grands aménageurs économiques en ont pris leur parti, répercutant dans leurs prix les coûts de l’archéologie et l’utilisant même au profit d’une image plus « éthique ». Cette hostilité s’est traduite par des questions parlementaires innombrables contestant le bien fondé même de l’archéologie, par des « audits » à répétition quant aux « coûts » des fouilles préventives (0,2 % du budget du BTP en France) et par des modifications de la loi. Le 20 octobre dernier, un amendement sénatorial a encore été déposé pour vider la loi d’une partie de son contenu.

On a créé de force en 2003, par conviction idéologique, un petit secteur d’archéologie privée. Or si la recherche privée appliquée est florissante là où les enjeux économiques sont importants, ceux-ci sont évidemment négligeables en archéologie, et cette privatisation partielle commence à se traduire par une baisse de qualité scientifique – comme il avait été prévu. En contradiction avec ces convictions libérales, on limite autoritairement dans le même temps le nombre des agents de l’INRAP, alors même que les budgets existent, puisque ce sont les aménageurs qui les financent. Ainsi l’INRAP est constamment entravé dans son travail, ses délais s’allongent, et les aménageurs s’en impatientent fort légitimement.

Comme si cela ne suffisait pas, le ministère de la Culture entend maintenant délocaliser en province le siège central de l’INRAP, au prétexte de compenser les effets de la nouvelle carte militaire. Dans un contexte aussi tendu, la désorganisation totale de l’institut, avec les départs afférents, constituerait évidemment un handicap majeur. Non seulement la conduite des fouilles et les délais de réalisation en seraient fortement affectés, mais tout autant la production de connaissance, c’est-à-dire la justification même de l’INRAP, avec les conséquences qu’on peut imaginer. Pour déplacer une centaine d’emplois, on met en danger tout le dispositif encore en construction de l’archéologie préventive en France : le rapport coût/profit est désastreux.

Il est étonnant de constater qu’il s’agit de la seule délocalisation envisagée par le ministère de la Culture, qui dispose d’autres établissements parisiens beaucoup plus anciens, qui n’ont pas à gérer d’aussi près l’ensemble du territoire national et dont la délocalisation ne menacerait pas l’équilibre. Pourquoi donc l’INRAP ? On ne saurait écarter l’idée que le Ministère de la culture tolère mal l’existence d’un établissement public autonome qui, comme le Centre National du Cinéma, tire ses ressources d’une taxe plus que de l’impôt. L’archéologie  est par nature à la fois un enjeu patrimonial et un enjeu scientifique. Le ministère de la Culture semble n’être sensible qu’à cette dimension patrimoniale. Or l’archéologie, comme toute autre science humaine, relève de la recherche  et cette dimension semble négligée par les décideurs culturels. En fragilisant l’INRAP le Ministère de la culture menace l’équilibre et le développement de l’archéologie en France.

Face à la crise et à la mondialisation, l’Europe peine à se trouver et les Etats nationaux ont du mal à assumer leurs nouveaux rôles. Le passé est pourtant un élément central d’une culture citoyenne. Là où il est protégé efficacement comme en Scandinavie les sociétés sont plus ouvertes et plus stables Par quel paradoxe ceux qui ont la charge de défendre les vestiges en constante érosion de ce passé commun, s’emploient-ils à dénigrer ou, au mieux, à ignorer le travail inlassable des archéologues et de l’archéologie ? Faut-il rappeler une fois de plus la belle phrase de Montalembert, catholique libéral et pair de France, qui s’en prenait au vandalisme de l’administration : « La mémoire du passé ne devient importune que lorsque la conscience du présent est honteuse » ? "

Jean-Paul Demoule, professeur des universités et ancien président de l’INRAP

Maurice Godelier, directeur d’étude à l’EHESS et ancien directeur des sciences de l’Homme et de la Société au CNRS

Alain Schnapp, professeur des universités et ancien directeur de l’Institut national d’histoire de l’art

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09 novembre 2008

Concerto pour violoncelle - Guillaume Connesson

Tout comme une histoire savamment contée, ce concerto pour violoncelle de Guillaume Connesson captive, nous plongeant tout à tour dans la peur avant de nous laisser le temps d’esquisser un sourire.

La tension est totale dans ce premier mouvement teinté de chocs minéraux violent qui préfigurent l’entrée théâtrale, d’une grande souffrance, du soliste annoncé. Le violoncelle perce, hurle, se déchire en quelques notes avant de s’ouvrir dans une mélodie puissante se limitant à l’intelligence d’une musique épurée de notes qui ne plonge pas dans un lyrisme dramatique forçant le pathos. Les attaques sont brèves mais perspicaces à la manière de ces éléments qui crèvent le ciel pour s’écraser et ne laisser à nos oreilles que le silence propice d’une nature dévastée offrant ce que le compositeur définit comme « un paysage lunaire et ascétique » dont la violence et les chocs offrent une image retenant le public dans une attente totale.

L’accélération ouvrant sur le second mouvement, le chef s’agitant tandis que le soliste fait corps avec son instrument qui semble lui causer bien des souffrances, rendent plus que tout visible et non pas uniquement audible la tensions sous-jacente qui inonde la partition. Ce qui s’entrechoquait en minéralité se laisse aller à un thème liquide englobant l’orchestre qui se laisse plonger jusque vers des fonds lourdement dramatique qui entraînent le violoncelle à exprimer sa crainte, celle de la tension dramatique qui le retenait dans le premier mouvement. La composition est savant alors que les éléments se répondent, ce liquide impalpable ne nous ayant jamais semblé tant préhensible qu’en ces instants rythmés à souhait. Une pause se fait alors, un silence s’élève. Le public sait que l’œuvre n’est pas achevée et, bien qu’expressif, attend le dénouement de ce conte dévastateur qui lui est présenté dans un climat d’une tension palpable qui, quittant les instruments gagne un public haletant.

Le chef bondit, la seconde partie de l’œuvre débute. La première note raisonnant on est comme sonné par le contraste saisissant qui nous est offert. Le troisième mouvement s’engage dans une sorte d’Eden sublime, chantant, doux et paisible que Connesson appela « paradisiaque » dans une logique totale. Les vents sifflent gaiement tandis que les percussions rythment la mélodie lumineuse offerte au violoncelle qui se laisse gagner par cette luminosité soudaine ponctuée d’un air à la fraîcheur bienfaitrice. La « cadence » du quatrième mouvement coupe nette avec le calme retrouvé. Dans un dialogue intérieur perturbé, le violoncelle, soutenu par les songes et les dires de l’orgue de verre, se laisse gagner par un pizzicati convulsionnel qui emporte le soliste, le gagnant tout comme une irritation profonde ponctuée, attaquant les cordes, arrachant les notes comme pour rappeler la tension première et centrale qui nourrit l’œuvre et dont le dénouement découle entier.

S’engage l’ultime mouvement, un rappel des évènements et des enchaînements qui rappelleront pour beaucoup certaines compositions de Malher ou de Chostakovitch, soutenu par une joie soudaine et festive, celle d’une belle composition menée à sa fin dans une danse folle qui offre aux visage tendus la joie d’un sourire finale. L’œuvre présentée nous transporta, luttant contre un temps que l’on ne vit passer. Quand la musique tue le temps nous avons à faire à un bonheur délicat.

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Avons nous vécu un moment historique?

Il existe quelques rares instants ou l’homme pense, en toute conscience à tort ou non, vivre un moment historique. Le 11 Septembre 2001 fut vécu comme l’entrée fracassante et tragique de l’homme dans le XXIe siècle, ce 5 Novembre 2008 (qui sera suivit du 20 Janvier 2009) peut être pensé comme un tournant majeur dans notre histoire contemporaine, date qui prendra sans nul doute place dans les manuels scolaires et méritera une fine analyse dans les années à venir par les économistes, historiens et sociologues. Je ne sais hélas ce que l’on peut attendre de la victoire démocrate et je ne me risquerai pas à donner une analyse, n’ayant pas les données et les armes pour me risquer à un tel exercice de style. Alors que la carte électorale bascule ne nous leurrons pas à penser un avenir brillant, et faisons preuve de précautions quant à l’idée que nous pourrions avoir d’un système politique que je pense trop différent pour que l’on se plonge dedans sans mieux se documenter et comprendre ce dernier.

Ce dont on peut rendre compte, cependant, sans mal c’est l’état dans lequel Obama trouvera le bureau ovale le 20 janvier prochain. Une Amérique diminuée au centre d’une crise financière  internationale. Un pays encore trop présent sur les sols militarisés, point sur lequel il faudra se montrer prudent quant au retrait des troupes qui, bien qu’il doive se faire, ne pourra éclater de manière trop brutale et trop soudaine. Il faudra réformer les rouages d’une politique jugée trop capitaliste et pas assez socialiste, bien que ce terme effraie plus encore que la gangrène les foyers américains. La retraite, la sécurité sociale, les assurances, les prêts, l’écologie … ce pays semble en pleine construction tant le travail à entreprendre semble colossal. Mais si le désormais célèbre « Yes we can ! » est mis en pratique, alors l’on devrait observer une mutation qui devrait entraîner une révolution du climat international. Pour une fois l’histoire semble présenter une once d’espoir après la présidence jugée désastreuse de Bush junior. Mais devons nous vraiment attendre des changements radicaux ?

En réalité, hélas, la seule chose qui soit à craindre demeure l’extrémisme ambiant du nouveau monde. Dans un pays ou l’abstinence, ou encore le créationnisme sont encore enseignés dans les écoles. A l’heure ou dans trop d’états le port de l’arme est réglementé et accepté. Dans une ère ou la violence, les massacres en milieu universitaire ne sont que des faits divers. Là où personne ne semble avoir honte de prendre part à la ligue blanche et de le revendiquer, je crois que le danger premier, plus encore que le terrorisme extérieur demeure l’extrémisme intérieur. Mettre fin à tout cela ne sera lié que à quelques décisions mais Obama en aura-t-il la force et trouvera t il le soutien au Sénat ou à la Chambre ? Si le candidat élu parvient au bureau ovale, car la réside un autre problème avec les menaces qui pèsent à son égard, espérons que sa politique sera vraiment révolutionnaire. A l’heure ou beaucoup pensent que le président connaîtra un destin tragique, alors que bien des américains me disaient il y a quelques mois « il sera tué, cela est triste mais l’Amérique est comme cela », gageons que l’histoire soit imprévisible et que personne ne puisse l’écrire par avance. Messieurs les biographes, ne rédigez pas trop tôt le dernier paragraphe de la vie d’un président qui a bien à faire. A bon entendeur !

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05 novembre 2008

Cette nuit j'ai observé l'histoire

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04 novembre 2008

Yes we can (or not?)

Si Bush disait, sans modestie, « nous sommes bon », il y a de cela quelques années, force est de constater que l’Amérique qu’il prit en main a bien changé, connaissant une véritable mutation, oserais-je dire révolution, l’on constate le passage d’une Amérique emplie de certitudes qui, endeuillée par le 11 Septembre 2001, se trouve à ce jour ébranlée dans une chasse aux chimères qui l’a détruisit. Karl Rove n’aura sans doute pas la joie de voir sa couleur politique se perpétuer, tout comme il en a déjà bien conscience. Si le New York Times juge la présidence de Bush comme la pire de l’histoire américaine, ce n’est pas pour rien. En pas moins de deux mandats, c’est une Amérique à l’économie branlante, en pleine crise sociale et politique que Bush laissera à son successeur quel que soit ce dernier. Entre crise du Subprime et crise économique, l’Amérique est à ce jour sous els projecteurs d’un monde retenant son souffle et qui serait prêt, s’il le pouvait, à voter ce jour.

L’Amérique n’aura sans doute jamais été autant divisée politiquement et donc idéologiquement. La guerre fatigue ces patriotes qui, comme leurs lointains cousins européens, ne croient plus aux discours bien rédigés que récitent leurs politiques. Mais attention, contrairement à nous, cela ne remet aucunement en question le sentiment patriotique virulent qui les habite. Dans un pays qui ne trouve comme opposition à Obama que quelques éléments futiles, le renouveau semble pouvoir faire face. Quand on dit que Obama est musulman, bien qu’il ne le soit pas plus que Joe the Plumber, ou encore que ce dernier nourrit une idée marxiste profonde, l’opposition semble branlante et avoir bien peu d’armes idéologiques. C’est cette absence formelle d’idées à opposer qui permit au candidat « noir » de réaliser une véritable ascension dans l’échelle politique américaine. Mais ne jugeons pas, notre opposition n’est pas plus intelligente au fond.

Maintenant que dire quant à l’avenir de l’Amérique ? Que peut on espérer pour que ce pays se relève et cesse de s’enliser dans ce bourbier profond dans lequel il entraîne le monde entier ? Je ne pense pas que la réponse soit immédiate mais gageons que l’Amérique saura changer de cap et naviguer autrement dans les prochaines années. Le vote ne sera qu’un premier pas en avant qui précèdera une révolution, une réforme violente des rouages de ce pays qui ont l’âge de la politique en cours. Voyons maintenant si les américains feront preuve de ce désir de changement. Affaire à suivre …

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