01 août 2008
USA : Politique et religion – récit de quelques boulettes
L’idée de ce billet me vint alors que je partageais avec quelques français l’ennui d’un match de baseball. Cependant cela nous permit de nous retrouver et de partager sur les jours passés dans les familles, temps durant lequel nous n’avions pu nous contacter. Chacun faisait part de son étonnement face à la conception même des repas, dont l’aspect social est complètement oublié. Enfin cela n’est pas vrai pour toutes les familles, ainsi dans la mienne se réunissent ils à table le temps de quelques minutes (la maman filant souvent achever son repas devant la sainte télé qui trône fièrement dans le salon). Pour tous nous réfutons cette conception qui n’enlève en rien un dialogue dans la famille, mais qui le réduit selon notre pensée. Enfin c’est lors de ce match, long au possible, que nous fîmes part de nos boulettes respectives.
Pour ma part tout commença dès le premier jour. Je sais que les américains n’ont pas l’habitude de se faire la bise et que l’accolade leur suffit bien, mais je ne sais pourquoi un élan français me poussa à faire la bise alors que la mère de James me donnait une simple accolade, que je trouvais cependant assez chaleureuse pour oser ce geste qui l’a surprit. Je compris assez vite et ne tentait donc plus cette action avec le reste des membres de la famille. Cependant, parfois j’ai la chance d’avoir droit à une bise de la sœur, mais vraiment tous ne s’embrassent que fort peu. Je ne suis pas un adepte des bisous tout le temps mais c’est une question d’habitude je pense et au fond j’aime cette manière de se saluer, cela témoigne d’un respect et d’un lien entre les sujets. Bien entendu je n’irai pas baiser toute personne que je croise mais ici je veux leur enseigner cette présentation basique. D’ailleurs je crois que l’on a bien des choses à leur apprendre, sans vouloir non plus devenir chauvin au possible. Pour commencer on devrait apprendre à ces messieurs en costume impeccable à se lever dans le métro pour laisser la place à une femme enceinte, une femme âgée ou tout simplement une femme. Il faudrait de plus leur expliquer que l’on peut laisser passer une femme devant nous, tenir la porte à une demoiselle sans que cela ne réclame un effort inhumain réclamant un repos de quelques minutes cela fait. Ils me rétorquent que la courtoisie est quelque chose de très français, je pensais que cela était humain moi.
Mais passons. La veille du match nous avons eu notre premier repas tous à table. Cela ressemble à la cantine, les plats restent dans la cuisine et chacun va se servir. Nous mangeons au bord de la piscine ce qui est assez agréable en ces soirées chaudes d’été, je vais donc me servir et commence à dévorer mon assiette ayant « oublié » de manger le midi et étant donc affamé. De plus, nous avons préparé le repas tous ensemble, vraiment tous et nous mangeons du porc pané, plat que j’aime tout particulièrement donc je me jette sur la nourriture sans que nul ne m’en empêche, ni ne me freine. Ici on fait la prière, mais nul n’eut l’idée de m’en faire part, je mangeais donc alors que le père parlait lorsque, buvant mon thé glacé, je les vis tous se signer et dire d’une voix unique « Amen ». J’en devins rouge à la vision de mon assiette déjà vide tandis que, tous, attendaient pour manger. Nous ne mangions pas à la même table que les parents, les jeunes sourirent sans mot dire, le père n’avait rien vu. C’est que nous ne le faisons jamais à la maison le Benedictus, il m’arrive de le faire lors de pèlerinages, retraites ou autre actes religieux mais jamais, ô grand jamais, à la maison. Je me trouvais ainsi gêné de n’avoir respecté ce temps que le père imposait à tous. Le lendemain, alors que nous faisions une pause dans une librairie avec James, je lui faisais part de mes excuses, mais cela n’avait vexé personne chacun étant libre de le faire ou non en la maison, cependant étant le seul à ne l’avoir fait cela ne pouvait m’empêcher de me sentir mal. Courte ellipse avant de continuer, alors que nous discutions, je buvais un bubble tea, un thé que j’avais prit au miel dans lequel se trouvent des boules de tapioca. Cela peut sembler étrange mais le mélange est explosif et franchement bon. Mais continuons, lors des repas suivant je fis plus attention et je prenais part à la prière avec tous car tout est bénit, du repas longuement préparé à l’hamburger, d’ailleurs je pense que l’on bénira ma quiche et mes crêpes quand viendra mon tour de préparer le repas. Le père se trouva rassuré je pense alors que je lui disais que certains de mes amis étaient aux JMJ et que j’aimerai voir le pape lors de sa venue sur Paris, cela le rassura de savoir qu’une jeunesse croyait encore car pour lui un pays varie selon les croyances et c’est cela qui fait la force des états unis.
C’est alors que l’on en vint à parler politique. James m’avait alerté, prié même de ne pas en parler avec son père, en raison de ses idées ô combien opposées aux miennes. Obama marquait un panier devant les soldats, pour le père cela n’était pas de la politique et il me demandait ce que je pensais du fait de voir un homme politique faire du sport et étaler sa vie aux yeux de tous. J’eu bien du mal à me retenir et commençais à lui faire part de l’idée française pour les élections prochaines, du fait que nous connaissions assez peu au fond les candidats mais que l’opinion publique c’était tournée vers le candidat Obama. Par ailleurs j’étais en accord sur un point, voir un président faire du sport ne fait en rien avancer sa politique, et je lui fis alors par de mon idée profonde sur les dernières élections françaises. Au fond cette discussion fut très enrichissante. Soldat de profession, achetant une arme à chaque naissance pour ses enfants, il est certain que nous ne pouvions nous entendre, mais personne ne cherchait à convaincre, ce n’était qu’un échange sur deux conceptions bien opposées de la politique et sur ce que deviendrait la politique internationale suite aux élections prochaines. La conclusion peut paraître brutale, mais attention elle n’est en rien raciste (rappelons que le père est marié à une femme du Panama), cependant pour lui une chose est certaine – et tous les américains avec lesquels j’ai parlé le dirent (même ceux en défaveur de Mc Cain) – si jamais le candidat noir est élu … oui car le problème est là pour beaucoup, le candidat est noir et donc le pays n’est pas prêt pour un tel changement, d’ailleurs le père n’y va pas par quatre chemins « si il est élu, quelqu’un le tuera, c’est triste mais c’est comme cela ».
Il est certain que nous avons beaucoup de conceptions opposées, sur le social et sur bien d’autres points mais je trouve nos échanges enrichissants même si ils ne changent pas notre vision des choses. Les discussions sur l’apprentissage des langues, sur l’histoire du Panama me plaisent énormément. Mais voilà que le temps passe et demain je vais à Ithaca avant de me rendre au festival de la Renaissance, puis se sera New York, mais je développerai tout cela dans les billets prochains.
31 juillet 2008
USA : De Moscou à Binghamton
Le voyage fut fatigant, mon voisin, un russe de quelques années plus âgé que moi, ne me laissa que peu de répit et m’empêcha tout repos me réveillant quand il désirait parler quelque peu. Ne comprenant pas pourquoi je refusais de boire avec lui il tenta de percer le mystère de ce voisin non alcoolique, ce qui demeure inexplicable selon lui. Me présentant sa famille, des grands parents jusqu’aux cousins éloignés (c’est en ce moment précis que je maudit la personne qui inventa le numérique), il m’expliquait dans un anglais médiocre ponctué d’accent russe, ce qui le rendait incompréhensible, la vie russe sur les côtes de la mer noire. Ne pouvant plus faire d’efforts il finit par me parler uniquement en russe, persuadé que je le comprenais, mais rassurez vous si je ne comprenais pas le fond, je comprenais la forme sans grand mal. Il me présenta enfin toutes les villes russes qui faisaient la grandeur de son pays jusqu’à me faire une explication de la monnaie russe, dont une pièce se trouva dans ma poche en gage d’amitié.
Arrivé à Philadelphie, il était déjà l’heure pour nous de nous coucher mais cette longue journée ne devait pas se finir ainsi, nous devions ainsi patienter une heure dans l’attente de l’arrivée de notre bus qui se trouvait en réalité à deux cent mètres du point de rendez vous. Nous avons cependant contemplé avec toujours le même étonnement cette démesure américaine dont nous parlons tant, que ce soit les voitures, l’aéroport, la ville, les routes, les panneaux même, tout nous semble plus grand en ce lieu. Les heures de car passant, nous arrivons enfin à Binghamton où m’attendent James et, surprise, une americaine d'il y a deux ans que j’eu bien du mal à reconnaître si ce n’est par son sourire qui lui n’avait pas changé du tout malgré les quatre ans et quelques mois qui nous séparaient l’un de l’autre. Le temps de faire quelques accolades, car ici –et je l’avais oublié- on ne fait pas la bise, ce qui étonna la maman de James quand je la lui fit (mais il l’avait prévenu). Nous avons alors rejoins sa maison, située dans une sorte de « no mens land », croisant sur la route biches et renards égarés ainsi que nombre d’animaux que je m’étonnais de voir si prêt. Toute la famille attendait mon arrivée, la petite sœur semblait timide du haut de ses cinq ans mais je remarquais vite que de tous c’était celle qui me parlait le plus ouvertement et le plus rapidement (trop d’ailleurs). Le frère de James et sa sœur tentèrent de me parler mais l’heure matinale pour moi, la fatigue, le voyage rendirent mon anglais pâteux ce qui me désola. Mais je pu parler avec le père qui parle un anglais très clair et est réellement impressionnant par la droiture dont il semble faire preuve. Le temps d’avaler un plat, je file dans le lit pour une nuit qui je le sais sera quelque peu difficile, sans compter sur ma grand-mère qui (n’ayant jamais compris l’histoire des fuseaux horaires) m’appelait dès le matin, alors qu’il n’était ici que 3h00 … une nuit très courte donc.
Dès 6h00 je tournais dans mon lit ne sachant quoi faire, n’osant me lever, je patientais donc jusqu’à ce que j’entendis la petite Isabella se lever alors qu’il était déjà 9h00. Le père nous prépara un breakfast sublime, omelette, bacon, muffin, pain et beurre. Cela peut sembler quelque peu écoeurant à certains mais pour ma part j’aime assez, rassurez vous je n’ai suite à cela pas mangé le midi attendant le soir pour me rassasier. C’est aussi l’intérêt de manger quand on le désire, c’est que l’on peut sauter des repas (car ici il y en a plus que trois) sans vexer personne et sans que cela ne se remarque, il suffit d’ouvrir le frigo pour se servir à boire. Le père me demanda dès le matin si j’avais une arme et si j’aimais tirer, de toute évidence je vais pouvoir le faire ici avec lui si je le désire, c’est un chasseur et il aime faire partager sa passion, mais avant de reparler de cela avec je veux éclaircir un autre point : utilisent ils souvent le kayak qui se trouve dans le jardin ? Pour le moment nous passons le reste de la matinée dans la piscine, jouant aux cartes entre deux baignades. Cela fait nous marchons pour une longue promenade qui me permit de découvrir le paysage alentour, la faune, même si nous ne croisâmes pas l’ours qui se montre assez souvent en ce moment (autant dire que j’espère le croiser avant mon départ). Nous retournons à la piscine et l’après midi passa ainsi avec le plus grand plaisir, à discuter avec les sœurs de James qui sont vraiment adorable, d’ailleurs Isabella semble m’avoir déjà intégré à la famille m’offrant des câlins tout comme aux autres membres qui la constitue.
Le meilleur ami de James est venu nous chercher en fin d’après midi (pour le nom je vous dirai cela quand je le reverrai car pour l’instant je me concentre plus sur les sujets de conversation que sur la compréhension des noms et surnoms qu’ils se donnent). Il vint ainsi nous chercher et nous nous rendîmes au starbuck cofee pour y boire un verre avec deux de ses amies. Là Erika nous retrouva et je dois dire avec plaisir que le groupe s’entendit bien avec ce qui assure que je passe du temps avec durant ces deux semaines. Ils parlent de tout, de rien, d’ordinateur, d’orientation, de prix des études (le moment pour moi de les faire saliver avec l’université), leur niveau de français, Paris, Bush … et le temps de comprendre je n’ai que rarement le temps de parler, surtout quand les conversations se chevauchent mais au moins je comprends et cela me va, je ne suis pas trop perdu, heureusement car au rythme que cela prend je ne pense pas voir beaucoup les français durant ces deux semaines. Au bout de plus d’une heure de discussions nous nous rendons, sans les amies de James, au cinéma pour y voir Hancock (j’avais le choix avec Wanted mais je connaissais mieux l’histoire du premier que du second ce qui orienta mon choix). J’ai pu rire aux blagues, suivre ce film au langage très basique et donc très agréable pour un étranger qui doit suivre sans sous titre. Je réussis même à m’interposer dans la discussion de James et Erika pendant le film, preuve que je commence à suivre les conversations de mieux en mieux. Le film passe, les pops corn noyé dans le beurre sont consommés et alors que nous sortons nous filons tous au Taco Bell. Quelle joie de retrouver l’unique fast food qui ait grâce à mes yeux dans ce monde sinistre. Je mange avec plaisir, nous laissons alors Erika pour rentrer, mais je suis invité à des soirées avec et nous voyons déjà quand nous revoir tous ensemble. Décidément je suis très heureux d’avoir rencontré ces américains, c’est une bonne chose dans ma vie, de bonnes amitiés riches en échanges et en apprentissage. Mais il est déjà 23h00, ce n’est pas tard si ce n’est que cela fait 48h00 que je ne dors presque pas, alors la fatigue m’emporte et je me laisse aller vers ma chambre après avoir discuté avec les sœurs.
Pendant que j’écris ces quelques lignes je dois expliquer que la petite sœur de James se tient prêt de moi me donnant des conseils pour ma survie, et me disant tout en chantant combien Julien est un nom féminin (un nom français comme lui rétorque son frère). Elle m’explique comment ne pas avoir trop chaud, comment zapper, mettre un dvd, dormir et éviter que le chien ne me morde trop (d’ailleurs mon bras gauche en saigne déjà, et la main droite ainsi que les jambes … il faudrait que je prenne tout cela en photo pour vous en donner une preuve). Mais pour l’heure après lui avoir dit bonne nuit elle me laisse, cessant un temps de parler (elle parle si vite), et me laissant le temps de me reposer. Je ne dis pas que je posterai chaque jour un billet mais je ferai part tant que je le pourrai, et selon le rythme des évènements, de ce qui se passe aux états unis.
USA : La démesure américaine
La démesure n’est pas un mythe, elle est omniprésente, partie intégrante du paysage et de la vie de tout bon américain. Des routes sans fin, parsemées de fast food, au temps qui varie plus vite qu’un mouvement passant d’un soleil divin, d’une chaleur étouffante à un orage sublime et un froid tout relatif. Ce que je vais vous offrir ces prochaines semaines c’est la vision, souvent étonnée d’un petit français qui, laissé à lui-même dans la grandeur des états unis, expliquera avec étonnement, comme il en serait pour un enfant, ce qu’il contemple et apprécie au rythme des journées.
Mais avant toute chose je dois expliquer comment je me trouvais propulsé en l’état de New York. J’ai par le passé été dans cet état pour un échange scolaire, accueillant deux ans après des jeunes du même lieu je sympathisais de plus en plus avec les enseignants responsables aux états unis. Pas de nouvelles le temps aidant et passant, quand tout à coup, en décembre, j’eu un mail venant de ce pays situé de l’autre côté de l’océan, le proposant de guider le nouveau groupe dans Paris avec à la clef un aller retour tous frais payés. Ma réponse ne se fit pas attendre et j’acceptais alors assez vite la proposition. J’ai ainsi mené dans la capitale pendant deux semaines un groupe américain d’une trentaine de personnes, parfois plus selon le programme. J’étais loin d’imaginer combien cela pouvait se révéler fatigant et stressant mais si on me le propose, et cela a déjà été fait, je recommencerai sans mal. C’est ainsi que je me suis retrouvé en ce lieu magique, perdu dans le nord américain à mi chemin entre Niagara et New York City. Mais vous ayant expliqué la cause de ma venue je dois maintenant vous faire partager ces deux semaines que je vais vivre, en espérant que le récit ne vous lassera pas et que vos questions seront nombreuses.
21 juillet 2008
I'm lost
Perdu dans le nord est americain c'est avec grand mal que je me connecte et que je redige ces quelques lignes. Vous aurez donc mon recit des mon retour pour parler du powwow, de new york, washington et de cet echange.
Je passe parfois sur canalblog qui fonctionne mieu que ma boite mail alors n'hesitez pas a laisser un mot en profitant de vos claviers qui sont moins compliques que ce dernier.
27 juin 2008
Arcy sur Cure - Grotte du bison
L’orage claque dans le ciel, la pluie tombe drue sur le sol séché ces jours derniers en ces terres de bourgogne foulées des siècles durant de part et d’autre du territoire. Le temps passe bien vite sur cette fouille et les jours se précipitent à toute allure, s’écoulant à la vitesse de cet éclair qui, perçant le ciel, arrache un son d’agonie à la voûte étoilée en ce soir de début d’été. La pièce est désertée, les archéologues partagent un repas chez monsieur le comte tandis que nous passons le temps à parler du site, des découvertes réalisées, des éléments trouvés alors que certains entament un somme convoité et attendu durant cette journée. Nos rêves sont tous doux et nos nuits profondes pensant à l’animal fouillé, aux éléments espérés la journée durant. Le violon se tait ces derniers jours et son propriétaire ne fait plus glisser son archet comme il le fit la première semaine durant. Les liens se créent, les animosités s’estompent et chacun s’ignore pour éviter la moindre étincelle, bien que les oppositions demeurent rares en ce monde civilisé et entraîné, de par les expériences, à la vie en communauté.
Les champs se balancent, les épis sont fouettés par les éclairs, ballottés par le nuage de pluie qui les inonde, les arrose avec une violence toute relative. Le silo de la sortie du village de Chevroches doit se voir approché par les éclats de feu qui tombent à proximité en ces champs désolés nous laissant voir à perte de vue. Le temps passe, les jours s’additionnent, les semaines se tassent sans que l’on ne puisse ne rien y faire. L’absence, l’éloignement nous semble cependant parfois quelque peu pesant mais c’est ainsi et nous ne pouvons que nous y plier, nous y faire et l’accepter. Voir la famille, les amis, un être aimé nous apparaît un luxe sublime alors que les fouilles s’enchaînent et que l’idée de ne pas les voir pendant une longue durée se fait ressentir. Nous ne sommes pas tant à plaindre que ces bons néandertaliens qui croisèrent des hyènes géantes et féroces en ces grottes, mais cette souffrance est aussi importante. Enfin nous survivons cependant, habitués ou tachant de l’être au fur du temps. L’idée de continuer par l’accueil des américains m’enchante par ailleurs, la possibilité d’offrir une visite de notre ville, une présentation de mon pays me plait plus que tout, sans parler de la suite qui me mènera en ce continent que j’aime tant. Comme toujours le plus difficile sera de laisser ceux que j’ai rencontré, les américains et gens venus du monde entier, les françaises, notre breton. On a une tendance importante à se lier assez vite avec ceux qui partagent notre quotidien durant ces semaines, même ceux qui ont si peu de points communs avec nous même. La promiscuité rapproche les gens et les fait se lier d’une amitié qui ne perdure pas tout le temps hors du chantier.
Mais que dire, que pouvoir dévoiler sur la nature même des découvertes réalisées sans ennuyer le lecteur plus emprunt à écouter ragots et histoires que descriptions de mètres fouillées et d’artefacts. Qu’importe la chose est obligatoire, la description du terrain l’étant de même. La pluie s’accélère alors même que je compte faire part de ce site et des éléments qui en jonchent le sol. Il s’agit ainsi d’une ancienne grotte effondrée nous livrant des os de gros mammifères dans un bon état de conservation compte tenu de la période ancienne du niveau, de nature moustérienne (paléolithique moyen). Le métapode de cheval caresse le sédiment accolé à un bois de renne qui se couche fièrement offert à tous, non loin du mammouth s’élève et du bison se plante dans la terre, entre deux roches d’un plafond effondré, nous forçant à épouser les variations pour dégager les éléments que nous avons à étudier. Bien des os rongés, digérés, des coprolithes même, nous poussent à nous interroger sur la présence de hyènes de taille importante en cette grotte. La question demeure donc à soulever et à résoudre : qui de l’homme ou de la hyène mangea l’autre ? Voilà une question qui demeure ouverte et à laquelle quelques éléments pourraient aider à répondre, bien que la chose demeure floue à ce jour.
La Cure s’écoule quant à elle curieuse de nous voir ainsi fouiller ces vallées qu’elle traversa des millénaires durant. Nous voyons les groupes passer, les kayaks s’écouler tandis que nous fouillons et tamisons. La dernière semaine sera réservée au démontage et au nettoyage des os, nous permettant ainsi de voir de plus prêt des éléments que nous avons regardé avec gourmandise durant toute cette fouille, le temps de la campagne. La frustration sera grande de ne pouvoir plus fouiller mais certains éléments nous donnent espoir pour les saisons prochaines et donnent envie à bien des gens de venir à nouveau pour fouiller et chercher ce qui pourrait nous aider à avancer sur la problématique initiale. La grotte du bison et la grotte voisine du Renne avaient été fossilisées par un talus d’éboulis, la grotte en elle-même du bison de ne fait que deux mètres de larges sur cinq de long, l’extrémité étant fermée par un éboulis datant du moustérien. Il faut dire par ailleurs que ce site est voisin de la grotte fouillée en partie par Leroi Gourhan qui, en 1963, découvrant Pincevent et ses suites logiques planimétriques, préféra la déserter pour la laisser à ceux qui suivraient. Nous continuons ainsi un travail dans la plus pure tradition de cet illustre individu que je poursuis tel un spectre passé d’un site à un autre. Les éléments lithiques sont ici rares et bien éloignés de ce qu’il m’avait été de fouiller à ce jour. L’intérêt sera donc d’avantage porté sur les éléments fauniques trouvés sur le sol à l’intérieur de la grotte et sur le comblement passé lors du remplissage par écroulement et sédimentation. Sans compter la saison de cette année les restes fauniques se répartissent de la manière suivante : 33,79% de renne, 29,34% de cheval, 8,69% de hyène, 6,94% de renard, 6,75% d’ours, 5,79% de bison/aurochs, 3,09 de loup, 1,64% e mammouth, 1,15% de lièvre, 0,96% de cerf, 0,58% de chamois et 0,38% de rhinocéros et de marmotte.
Ce site est vraiment sublime et je n’ai pas fini de vous en parler, vous ne serez pas déçu mais il faudra me laisser du temps pour cela.
20 juin 2008
Fouille Etiolles (2-15 juin 2008)
L’an dernier je n’avais pas eu le temps de rédiger un article digne quant au site magdalénien d’Etiolles (proche d’Evry en Essonne), voilà que je m’apprête donc à réparer cette faute ignoble et inqualifiable. Avant toute chose je suis obligé de présenter rapidement, sans me perdre dans des détails qui vous ennuieraient plus que tout, ce site sublime et bien connu de ceux qui se penchent sur la préhistoire. Nous sommes donc sur un gisement magdalénien posé sur le limon de la plaine alluviale qui jouxte la Seine (selon le même principe que Pincevent). Cet habitat de plein air se tenait ainsi non loin du fleuve et sur les berges d’un petit affluent ce qui explique un pendage important avec une implantation de plein air sur la rive. Mais ce qui rendit ce site si connu fut avant tout le sublime du débitage laminaire avec des amas de débitage et des lames qui défient celles que l’on trouve à la même période par leur qualité et leur taille (30 à 40 centimètres en moyenne). Au tout début, aucun d'entre nous ne pouvait se douter de l'intérêt de cette découverte, raconte Monique Olive qui a pris en 1997 la responsabilité du site. Et certainement pas de l'existence, sous ce tas de silex, d'autant de campements préhistoriques, étalés sur des centaines de mètres carrés. Un site d'une telle richesse qu'il jouit désormais d'une renommée mondiale. » Ce site est ainsi imposant par son histoire et sa richesse.
L’an dernier je m’y étais rendu comme sur un chantier école, un peu comme un rite de passage pour appréhender la préhistoire magdalénienne tout comme à Pincevent. Cette année c’était bien plus pour suivre la suite de la fouille et revoir des gens que j’avais apprécié par leur travail et leur aspect humain. Me voilà donc à nouveau sur ce site sur lequel je m’attends à trouver moulte silex. Cependant, une fois n’est pas coutume, nous avons principalement trouvé des os de renne, enfin un sol, un niveau cohérent quoi qu’il nécessite bien des études pour être compris dans son ensemble. Quelques silex crachaient cependant à proximité des mandibules, scapula et d’autres os sublimes que je pris grand plaisir à fouiller. Nous sommes là bien loin de l’image d’un Indiana Jones mais entre deux brouettes et deux découvertes je goûte au plaisir de l’archéologie donc je ne me lasse pas ce qui est très bon signe. Ce site livre ainsi enfin de l’os même si nous sommes bien loin de l’état de conservation de sites contemporains, cependant cela est un bon début et d’un grand intérêt pour l’étude à venir du sol fouillé. Surtout je ne serai comment définir la joie, l’explosion de sentiments alors que vous avez un os, une dent qui sort et se révèle. On peut parfois passer la journée, voir plus, à le révéler mais alors qu’il est net, calme, reposé délicatement sur le substrat, alors on voit avec plaisir le travail accomplit. D’autre part nous avons profité de cette saison pour ouvrir une autre zone de l’autre côté du ruisseau pour trouver des silex patinés, trop mouvementés par les inondations mais surtout les labours modernes et contemporaines. Le site est cependant important et a livré bien des informations pour voir le développement du campement de part et d’autre avec possible contemporanéité des deux unités excavées.

La découverte ! Sur un bloc de calcaire, un cheval dessiné et une énigmatique créature mi-humaine, mi-animale. Une oeuvre d'art datée de 12 300 ans. © Gilles Tosello
Bien entendu comme toute bonne fouille celle-ci s’est soldée par un lot de rencontres que je ne peux oublier, sans parler de l’inquiétude (et des rires) alors que nous voyons l’une des notre piquée par un moustique et gonflant tant au visage qu’il fallut lui injecter de la cortisone … et oui l’archéologie en ile de France peut parfois être un réel danger. Enfin, bien qu’il y ait peu de chance qu’elles lisent ces lignes, c’est avec plaisir que j’ai vu Isabelle à nouveau et découvert Claire et son sourire renouvelé … bien qu’il faille qu’elle le quitte pour s’imposer et faire peur aux jeunes fouilleurs. Une chose est certaine, il faudra encore me souffrir l’an prochain sur le terrain et le soir pour revoir ma Yvette et boire avec Marianne (mais pas au Calvados …). Sur ce je vous laisse à nouveau un temps étant en ce moment bien loin d’Etiolles et de ses 13 000 ans, me trouvant à Arcy sur Cure en plein homme de Neandertal durant le moustérien (300 000 à 30 000 mais ici plutôt 60 000 à 40 000 BP) entre des hyènes, des mammouths, des ours, bisons, bref une faune bien différente de celle des sites du bassin parisien, en grotte pour changer et découvrir de nouvelles techniques et ainsi de nouveaux archéologues (on doit parler anglais sur ce site car l’équipe est internationale avec pas mal d’américains … et ça c’est bien).

25 mai 2008
Au fil du Nil
J’ai laissé mon récit au milieu de ces vacances sans plus avancer, mais entre deux révisions je m’autorise une pause et vais enfin vous parler de ce pays sublime qu’est l’Egypte. Bien entendu je ne pourrai faire une explication de toutes ces choses que j’ai contemplé mais je tacherai de faire part de ce qui m’a le plus touché. C’était pour moi un premier voyage au Club Med, mais point de malaise je ne faisais qu’y dormir visitant dès le matin à des heures auxquelles je n’ai pas habitude de me lever en semaine. Ce que je retiens est avant tout un aspect quelque peu pompeux de certaines personnes, au brushing tout droit sorti de Desperate Housewives. Mais heureusement certaines personnes humaines ont aussi leurs habitudes en ce lieu, nous n’étions donc pas trop mal à l’aise, même si il m’arrivait de vouloir leur enseigner le sens même de la simplicité. J’ai même eu la chance de rencontrer une demoiselle que l’on pourrait qualifier de nymphomane, bref le Club est une grande famille en effet …
Le Nil coulait en contre bas, le soir je le passais à contempler ce fleuve vecteur de vie et d’une des plus belle civilisation dont les traces nous soient restées. Le bruit des bateaux qui fendent l’eau nous rappelle cependant bien vite à la réalité d’une vie qui n’est plus si paisible qu’elle le devrait. En face, sur la rive ouest, la vallée rocheuse se dresse, protégeant en son sein les tombes des rois, reines, nobles et artisans que tout un chacun connaissent. Ce pic calcaire ressemble à un décor de cinéma avec des puits, boyaux creusés pour créer des cavités richement décorées. Je contemplais enfin ce qui me poussa plus jeune à mes études et j’étais comme un enfant, refusant de sortir, la larme à l’œil quand le gardien de la tombe éteignait la lumière dans l’attente d’un bakshish en échange de ce bien précieux pour pouvoir profiter des détails des panneaux. Mais alors que je voyais ces tombes je ne savais que j’allais m’emporter, tomber de ce nuage pour retrouver l’aspect vil de l’homme qui ne cherche qu’à gagner sans se soucier de détruire aucunement. Ainsi, alors que nous faisions un arrêt dans une boutique de bord de route, comme il est d’usage dans ces visites, je m’approchais d’un objet que je voyais en arrière boutique. La finesse de ce dernier m’interloqua et son aspect troué, pour une planchette funéraire associée à un masque me poussa à parler à un vendeur. Ce dernier me mena directement vers son patron qui, seul, était autorisé à vendre et discuter de pareil objet. Le masque était de taille modeste, les couleurs étaient un peu passées mais la finesse du trait, le matériau sculpté avec soin ne laissaient aucun doute, je me trouvais face au produit d’un pillage. Je ne voulais cependant pas effrayer mon interlocuteur et lui posais donc des questions, il se rendit alors vite compte que je connaissais quelque peu le sujet et me sortis des oushebtis. Aucun doute nous n’étions alors plus face à des reproductions pour touriste, les éléments étant cassés et de toute façon absent des listes d’objets qu’achètent les touristes à ma connaissance. Le ton monta, je m’emportais et lui faisais part de mes études. Vexé l’homme rangea tout au plus vite et me chassa. Le trafic est toujours vif et la chose me peina plus que tout et, combien même la beauté de ce que je verrai par la suite m’apaisait, je ne l’oubliais pas au cours de ce séjour.
Les temples se font face et s’opposent, un Dieu, un Pharaon, chacun connaissant une dédicace diverse. Je pourrai parler du temple de Hatshepsout qui, représentée en Osiris, se dresse dans cette cathédrale rocheuse entre les tombes des grands égyptiens. Nous avons ainsi un nombre de temples d’ordre funéraire sur cette rive ouest, qui rendent compte de la grandeur de ces pharaons qui représentent leurs vies selon une propagande ô combien importante. J’aurai envie de vous transporter en ces lieux, tant un texte a bien du mal à rendre compte de ces faits. Je pourrai vous parler de Louxor, Karnak, Medinet Habou ou encore Denderas et Abydos mais le temps me manque et je vois bien mal comment vous faire part de la beauté de ces lieux. Je verrai si je peux mettre des vidéos d’ici quelques temps. Je me contenterai de dire qu’une chose est certaine alors que l’on quitte le pays, on y reviendra et si possible plusieurs fois.
Le dernier soir le soleil se couche, plongeant le Nil dans une obscurité totale, donnant à son eau un air lourd et puissant. Le léger clapotis nous berce tandis que le Dahabieh reste à quai laissant le vent s’infiltrer en ses voiles. C’est un petit coin de paradis que ce quai qui nous transporte sur les bords de ce Nil milles fois centenaire et sur lequel le temps semble avoir eu bien peu de prise alors qu’il observa son Egypte évoluer allant d’une période pharaonique divine, à une emprise copte puis islamique. Vraiment ce pays a bien des trésors à nous offrir et la plus grande joie pour moi fut la contemplation de Deir El Medineh, ce village artisan, le seul habité de la rive ouest, et celui qui me fit plonger enfant dans l’archéologie. La voilà donc la raison, je pointais du doigt ce plan urbain qui ne parlait à personne mais qui pour moi me disait tout, me disait tant.
17 mai 2008
Capitelle du Broum
La pluie tombe, roule, boulle dans la rue et sur les toits. Alors que je devrai réviser je la regarde qui défile et qui inonde, casse les géraniums fraîchement plantés. La nature m’offre une pause, un temps, un instant pour composer à nouveau et faire part des trois semaines passées durant lesquelles je n’aurai rien pu rédiger. Il va de soit que chaque semaine mériterait des pages mais je reviendrai sur quelques éléments dès que j’en aurai l’occasion.
Il y a maintenant trois semaines je me rendais vers le sud, en direction de Montpellier pour profiter d’une semaine et pouvoir fouiller. Je découvrais ainsi un site perdu à une heure de la ville par laquelle j’arrivais et me trouvais plongé dans une ambiance sudiste divine. L’huile d’olive coulait, les poivrons nous nourrissaient, aucun doute j’avais quitté la capitale pour rejoindre ce que j’aimais. Sur place, une équipe haute en couleur avec finalement peu d’étudiants, des chercheurs majoritaires, un archéologue INRAP qui attendait d’être rappelé alors qu’il continuait son mémoire, des thesards et même un retraité. Le chantier avait bien entendu nombre de cas, plus ou moins intéressant il va de soit, sur lesquels je ne m’attarderai pas. Nous étions par ailleurs trois parisiens, à souffrir du climat et du manque de carbone mais nous survécurent tout de même, nous soutenant tour à tour dans les moments difficiles. Mais maintenant que le décor est planté, dans ces collines qui sentent le thym et les herbes sauvages, je crois qu’il importe de situer ce site qui, perdu entre deux collines, inconnu de beaucoup, révèle bien des surprises.
Le site de la Capitelle du Broum, tient son nom de la capitelle se trouvant au dessus de ce dernier, et du cour d’eau nommé le Broum qui coule fièrement en son pieds. Nous sommes alors en présence d’habitats circulaires en pierre sèche avec des assises sublimes, des portes divines et un sol intéressant avec une dalle particulièrement belle. Le mobilier peut parraître moindre mais durant cette saison une hache polis aura vu le jour, accompagnée bien vite d’une pointe de flèche sapiniforme, d’éclats de céramique dont l’état me laisse sans mot, tant cette dernière était humide et assez dégueulasse il faut le dire si ce ne sont les tétons qui fleurissaient, et enfin quelques os (ma belle mandibule de mouton), points de cuivre et autres éléments faisant part de la traite de ce matériau. Non vous ne vous méprenez pas, la chose est étrange, il s’agit en effet du premier site sudiste à entreprendre une fonte du cuivre et une exploitation de ce matériau qui se trouve non loin de là, à quelques minutes de marche dans les hauteurs sur les mines du domaines de Cabrières-Péret (3000-2400 BC) (très bon vin au passage). On ne peut réellement proposer une classification culturelle d’un tel habitat qui semble bercé entre divers courants. Il sera donc plus propre de parler d’apports successifs des cultures qui se marient et se révèlent en ce site, ce qui fait taire alors toute séparation strictement géographique des cultures. Je ne vais pas me lancer dans une interprétation des données mais autant dire que le site mérite à être connu ne serait-ce que par la présence de cette assise à trois niveaux qui semble liée par des couches de terre posées de manière volontaire. Vraiment ce site vaut le détour.
Pour l’ambiance nous avons profité du dimanche pour visiter les sites régionaux tels que Boussargues et Cambrous. Ce premier site n’était pour moi qu’un cas d’école comme un autre mais c’est alors que je rentrais sur le lieu et que je contemplais l’ensemble des structures que je pris conscience de la beauté de ce dernier. L’expliquer semble assez difficile mais disons qu’à première vue on pense présence d’une enceinte fortifiée, ce qui n’est cependant pas le cas. On parlera plus proprement d’un ensemble de cabanes avec des réserves circulaires et un mur clôture. Ce site fut édifié par un groupe agro pastoral du néolithique qui, attiré par cette hauteur calcaire, décida de s’y installer. Si le site est dans un tel état de conservation c’est avant tout en raison d’un incendie qui le figea un instant et provoqua son abandon définitif, élément très intéressant pour les archéologues. Cependant, suite à l’érosion, l’amoncellement des roches par-dessus le site rendu très difficile la reconnaissance des murs, mais grâce à une technique très au point le site fut fouillé dans son intégralité de manière sublime, rendant possible la vision des portes (éboulées et donc comblées) en mouillant les pierres, celles brûlées se bleutant légèrement au contact de l’eau tandis que les produits de l’érosion ne changeaient pas de couleur. C’est ainsi que l’on dégagea les entrées, mais elles sont rares et la principale semble avoir été réduite de moitié pour une raison inconnue (poids peut être de l’ensemble). On a ainsi un mur clôture jouxté de cabanes circulaires qui servaient vraisemblablement de réserves et un ensemble de maisons à l’intérieur. Le site bien apprécié nous nous rendîmes à Cambrous, autre site du groupe culturel Fontbouisse avec des maisons longues à abside simple de part et d’autre de l’édifice. Ainsi les maisons de ce groupe sont caractérisées par leurs absides, simple ou double, et une construction en pierre sèche. L’habitat est impressionnant par ses dimensions et donc sublime avec une toiture de végétaux. Mais avant de passer à la seconde semaine je crois qu’il faut faire part de notre entrée sur le site. Le premier, fermé au public, nous avions les clefs pour nous y rendre, le second devait être ouvert mais étant donné la pluie nous pensons que la personne du guichet préféra fermer et rentrer chez soit. Nous avons donc soulevé le grillage et sommes passé malgré tout … c’est aussi cela l’archéologie, des rebelles virils !
08 avril 2008
Une fac à la dérive (encore!)
La terre est peuplée de gens aussi bête que laid, mais je ne pensais pas que la bêtise pouvait tant se cristalliser en certains. Sans doute une image quelque peu pessimiste mais il faut oser dire les choses avec des mots. Pour débuter, avant de plonger dans une syntaxe virulente, voyons ce qui se passe de la manière la plus objective qu’il soit, bien que vous conviendrez que telle chose est peu probable alors que l’on s’apprête à parler de soit.
L’action se déroule à l’université, en Tolbiac, cet édifice dégueulant un savoir mal tempéré mais que chacun accueille avec le plaisir d’un puceau, si fier d’apprendre auprès d’illustres savants. Il faut le dire, la Sorbonne –entendons par cela Paris I et IV- n’a de prestigieux que son nom. Les étudiants s’u décomposent, les enseignants s’y ennuient privés de fonds et de problématique intéressante pour leur recherche, tandis que les syndicats, ou plutôt ce qu’il en reste, se battent un bout de pain dur prêt à balancer à droite au moindre coup de vent. Les chiffres le prouvent, les étudiants le disent, mais chacun garde en mémoire un prestige usé, défait depuis des années. Les publications s’appauvrissent tant en nombre qu’en qualité, les savants préférant publier dans des éditions placées de l’autre côté de l’océan, sur un continent bien plus jeune osant financer des recherches n’offrant aucun bénéfice immédiat. Certains, pour le coup, ont réellement un rôle à jouer mais personne ne les connaît si ce ne sont quelques étudiants qui ne désertent pas les amphis pour leur préférer les cafés. Bien entendu, chacun garde en mémoire certains instants d’anthologie qui vont des enseignants cherchant à nous vendre leurs ouvrages aux assemblées générales brûlantes, ces sursauts syndicalistes et patriotiques qui nous mettent le baume au cœur. Entre ces instants, l’étudiant s’ennuie et quant il apprend, peu après il oublie. La pauvreté intellectuelle est réelle avec une absence de débat. Disons le, la fac est comme un livre : figée et morte !
Cependant, je continue à croire qu’un renouveau idéologique est possible et que la fac peut vivre à nouveau. Certes, nous sommes bien loin des Lumières mais la France a (tout du moins nous le dit on) un rôle à tenir sur un plan international, ce qui n’est pas flagrant empiriquement. « L’exception française » me fait pleurer alors que la dérive de notre Etat apparaît totale à ce jour. On me dira sans doute que j’agis peu en comparaison de mes billets mais je pense faire les choses à mon échelle et ce combat ne peut, et ne doit se limiter à une prise de conscience unique, cette dernière devant être collective. Je n’appel pas à une révolution physique mais intellectuelle cela va de soit.
Mais quand je vois cet homme à barbe blanche jouir de son prestige pour tuer le poussin en son œuf, j’ai mal pour l’avenir universitaire. Pour tout dire je rigole souvent quand on me dit « le prof ne m’aime pas » mais pour une fois je crois que c’est le cas. De tous l’auront remarqué la pression que m’impose ce personnage est réelle. Au fond, cela m’amuse tant l’injustice est sublimée dans tout acte émanant de cet être. Mais pour l’heure je fais profil bas bien que cela ne semble pas fonctionner. Mais comme il le dit si bien, j’ai ma cour de femmes qui me parle pendant les cours et que je fais parler. Alors jalousie, haine réelle ou frustration de cet enseignant ? Je ne sais mais ce qui est certain c’est que la qualité d’un chercheur ne fait pas de lui un pédagogue ni un homme juste s’il en est. Pour l’heure je vais tenter de continuer mon petit bonhomme de chemin qui pourrait me mener de l’autre côté de l’océan au Québec ou au Mexique, bien que ce premier semble assez improbable. En effet, beaucoup me disent qu’il y a peu, pour ne pas dire aucun cas de chercheur français sur le terrain américain pour cette période. C’est sans doute la fameuse « exception française » mais si cette dernière pouvait se limiter à notre pays voilà qui m’arrangerait bien. Pour l’heure je clos sur l’état universitaire et prépare un cours car, quoi qu’en dise l’enseignant en question, certains étudiants travaillent … à méditer.
31 mars 2008
Pélerinage de Chartres - St Thaddée
Le pèlerinage de chartres est toujours une expérience hors du commun, un moment pour faire une pause, pour prendre le temps de vivre pleinement notre foi. Le chemin se dresse droit, sinueux, plus ou moins court, plus ou moins boueux et toujours nous faisons des rencontres qui nous permettent d’avancer sur la route qui nous mène à Chartres. C’est un cheminement intérieur qui se voit sublimé par l’entrée finale dans cette cathédrale lumineuse, qui fait raisonner comme nulle part ailleurs nos prières et nos chants pour les élever au plus haut.
Les rencontres ponctuent la marche sur notre belle route de St Thaddée. Etudiants ou pas, parisiens ou non, l’appel vers l’autre fait partie intégrante d’un tel pèlerinage. On peut alors cheminer pour trouver une réponse aux questions qui nous obsèdent et, plus généralement, on peut s’abandonner à la contemplation et la prière. Mais cette année ce qui m’aura le plus touché aura été cette rencontre avec la collègue d’un ami qui, étant de confession musulmane, venait à la rencontre de notre religion pour se trouver touchée au plus profond d’elle. Son sourire, son regard sont gravés en mon esprit alors que le Alléluia raisonne en ma tête.
Encore une fois j’ai pu retrouver mes amis chaldéens. Nous ne nous voyons qu’une fois par an mais notre lien est fort, nous nous connaissons par ces chemins et nous sommes unis par notre prière. Voilà qui en étonnera sans doute plus d’un, le Julien spirituel n’étant pas forcément celui que vous connaissez le plus, mais c’est pourtant une réalité, je crois profondément et j’aime plus que tout l’adoration. En plus je me sens soulagé après les paroles d’un saint homme me disant « on s’en fout des créationnistes » ce qui m’a soulagé au plus haut point sans que celui-ci ne s’en doute. Pour le reste je pourrai décrire le temps de marche, la longueur d’une nuit en grange par le froid qu’il fait ou encore des éléments qui nous hantent mais ce ne serait pas rendre compte du plaisir que je prends toujours en ce pèlerinage ouverte aux étudiants. Pour l’heure je m’en retourne à mes réflexions et mes prières silencieuses dans l’attente d’un prochain temps de recueillement lors d’un week-end ou peut être plus si j’en ai le besoin. En tout cas le rendez vous est posé pour le 12 septembre : le Pape devrait venir à Paris.


















