02 novembre 2008
Edward aux mains d'argent
Dans un théâtre transpirant les chefs d’œuvres des saisons passées – notons le divin West Side Story dont nous avions parlé l’an dernier – Edward aux mains d’argent s’annonçait comme un des points culminant d’un saison à la programmation riche et, en effet, nous sortons transporté de cet évènement, véritable point d’orgue de cette fin d’année au théâtre du Châtelet. Sous le lustre chatoyant, alors que les balcons se remplissent et que la corbeille se gonfle, le public est bien au rendez vous pour cette création de Matthew Bourne. Comme toujours, avec ce chorégraphe, la production ne prit que trop de temps à traverser la Manche, le tout Paris boudant, dans une continuité somme toute historique, le témoignage d’un sens artistique profond offert par l’île monarchiste située à quelques heures de notre capitale. Il avait fallut attendre près de dix ans pour voir le Swan Lake mettant en scène des cygnes dansés par des hommes à la force et à la délicatesse sublime. Mogadord avait alors fait rentrer en son sein un ballet historique que le monde entier s’était arraché avant qu’il ne vienne s’échouer sur ces planches comme par fatalité. Heureusement nous n’eûmes pas à attendre aussi longtemps pour Edward, mais bien d’autres productions de Bourne se heurtent à ce bras de mer qui nous sépare et nous oppose. Alors que le monde entier s’arrache les mises en scène de Bourne, de Tokyo à Washington, la France, elle, continue à croire en son hégémonie de l’art, à tort reconnaissons le.
Le premier acte qui nous est offert se trouve dans la lignée de ce à quoi Bourne nous habitue avec un décor savamment planté, une situation intelligemment présentée, des personnages haut en couleur brillamment marqués, le tout sur un font d’humour et de délicatesse propre au talent anglais. La musique nourrit une trame bien pensée qui rend hommage au chef d’œuvre poétique de ce conte moderne sans trahir l’idée première de Burton, ni dénaturer la partition sublime de Danny Elfman. Alors que la ville s’éveille, la brutalité de ce métal froid, qui se reflète en cette lune mourante, est contrastée par la bienveillance – somme toute relative – de ces citadins au regard interrogateur, emplie de curiosité et teinté d’une once de peur qui les fera basculer avec la levée du second acte dans une vision tragique d’inquisiteurs. La peur de l’autre est caressée du doigt, sans condamner ceux qui en sont la cause. C’est ainsi que l’on sombre dans un rêve sublimé par la danse liant Edward à Kim dans une poésie accordant à North (qui campe un Edward qui n’a rien à envier à celui de Depp) de perdre pour un temps ses lourds ciseaux d’argent.
Mais, alors que le rideau se lève pour le second acte, c’est un Edward isolé, confronté à une haine grandissante qui nous sera révélé. Un personnage incompris si ce n’est pas cette jolie blonde qu’il sert avec délicatesse, apprenant peu à peu à se défaire de ces gants de fer. Mais ses ciseaux ne le quitteront plus désormais, le danseur fendant dans l’air malgré ces poids qui rendent chaque pas plus difficile encore, sans entamer bien au contraire la qualité de ces derniers. Et, alors que la neige tombe, que le retournement est total, Edward nous fuit poursuivit par la peur d’une incompréhension trop humaine à notre goût. La fin est connue, les flocons s’écrasent sur la douleur d’une mère ayant perdu trop tôt un fils, tandis que le public regrette déjà celui qui lui offrit tant de poésie. Le salut est à la hauteur de l’émotion alors que les larmes perlent, que la neige s’abat, le spectacle est achevé dans une délicatesse totale tout comme ce dernier avait débuté. Et, alors que la boîte à musique se ferme, que les notes se taisent, que le rideau tombe légèrement, le public se disperse encore embrumé par cette histoire qui vient de lui être contée dans un lyrisme qui n’est pas sans rappeler un cygne mourrant qui l’avait déjà bouleversé il y a de cela quelques années.
La partition n’est pas trahie, ce qui obligea à quelques raccourcis sans pour autant entamer ce conte d’un Burton génialement retranscrit par un Burne au regard profond et délicat. Cette neige se laissant tomber le long des ciseaux d’argent qui fleurissent le plafond, on se demande bien comment un tel chorégraphe peut demeurer inconnu, ou tout du moins méconnu en ces théâtres français qui aiment à laisser penser la qualité de leur programmation tout en en occultant les production anglo-saxonnes. Les sièges occupés sont pourtant la preuve d’un public à l’écoute de ces productions anglaises de qualité dans ce pays de Molière qui semble vouloir nous habituer à une certaine médiocrité de productions sans poésie et sans charme. Gageons qu’un tel succès serve de leçon.
26 août 2008
20 ans sous le joug de barbares moyenageux ...
Et voilà le temps passe et j’ai déjà 20 ans, rien de bien différent mais un an de plus tout de même. J’aurai passé cette journée en agence, loin des chantiers le temps de gagner un peu de monnaie, le temps pour moi de penser quelque peu et d’offrir un bilan de cette vingtième année, bilan ni noir ni blanc, quoi que quelque peu pessimiste je vous l’accorde.
Alors que je passais ma journée à répondre au téléphone et à remercier ceux qui pensèrent à ce jour, je suivais de loin la bêtise présidentielle et les mots utilisés par le petit bonhomme, des mots crus qui pèsent lourd (pour changer). On nous parlait de ces « barbares moyenâgeux » que l’on combat en Afghanistan et encore je me laissais aller à penser combien nous regretterions un jour ces mots mal utilisés. Ce sont des termes choc, qui interpellent, qui vont certes éveiller la pensée des français regardant leurs informations, mais un tel manque de calcul de la part d’un chef d’état me laisse de marbre. Pendant qu’il paradait en Chine les droits de l’homme étaient bafoués, pendant qu’il serait les mains c’est le Tibet qui se présentait sur un sol français trop mal dépoussiéré pour accueillir un personnage tel que le Dalaï Lama. Tout cela m’amuse et me consterne, entre guerres et manque d’initiative, certitude de victoire (qui n’est pas sans rappeler un grand pays présent Irak) et certitude de changer la face du monde, nous nous trouvons embrigadés (contre notre volonté) dans une guerre qui ne nous semble pas assez propre pour être notre et pour que l’opinion ne la soutienne. On peut nous soutenir que l’on remplit un devoir international, celui de promouvoir la paix, je ne pense pas être seul à dire que le faire avec des armes n’apparaît que comme un moyen ultime, mais que voulez vous il faut les mâter ces barbares (et encore il n’a pas oser dire qu’ils étaient aussi peu développés que les préhistoriques … mais on y viendra je vous le prédit, et ce jour me mettra hors de moi).
Voilà c’était un petit message entre deux dossiers à classer, je ferai plus long ce soir si je trouve le temps.
01 août 2008
USA : Cessez l’anglais ils parlent français !
Le lendemain du match épique opposant les Metz à une autre équipe (logique), l’équipe locale gagnant pour notre plus grand plaisir, nous nous rendions avec la famille accueillant Benjamin vers la ville grecque, historiquement, de Ithaca. La route nous menant vers la destination ne nous sembla pas tant longue, profitant de ce temps pour partager nos impressions sur le pays avec Benjamin et pour faire plus ample connaissance avec la famille dans laquelle il résidait. La forêt défilait, paysage vert imperturbable filant a tout allure dans ces grands espaces américains. Sous la chaleur déjà accablante nous regardions les sapins qui résistaient sans mal au soleil, vivant dans le seul souvenir du rude hiver passé. Notre climat est bien différent (notons par ailleurs alors que je rédige ce paragraphe que je corrige sans arrêt ce que je rédige, tapant sur le clavier comme si je rédigeais avec un clavier américain).
Enfin nous arrivons à Ithaca où nous débutâmes par une visite du campus universitaire où travaille Julie (la maman de Gaylen). Je pourrais dire que je n’ai rien à envier aux universités américaines et que la Sorbonne est bien plus belle. Mais, en réalité, l’intégration des édifices dans la nature est parfaite, le goût de l’architecte est certain et la confrontation d’un style britannique avec des éléments d’architecture antique et parfois contemporaine fait le plus grand effet. Que j’aimerai étudier dans un tel espace, tout à fait propice au travail et à la méditation intellectuelle, ce qui ne justifie cependant aucunement le prix exorbitant des inscriptions. Notons au passage que James a pour l’American University, comme pour toutes les autres, une liste de rentrée des classes avec tout ce qu’il est indispensable d’avoir pour s’installer dans son appartement, cela va de la brosse a dent à la télévision sans oublier la décoration pour son épanouissement. Ils furent étonné quand je leur dit que la Sorbonne ne nous fournissait pas pareille liste, il faut croire que les français sont trop intelligents et se doutent de ce qui est vital ou ne l’est pas (la télévision l’est pour eux tandis que la radio ne l’est pas … c’est d’une logique parfaite). Chose drôle, quand on me demande le nom de mon université les gens semblent ne pas écouter la réponse, persuadés qu’elle ne sera pas assez connue et qu’ils devront se contenter d’un hochement de tête pour ne pas me vexer, mais dès que le mot « Sorbonne » retentit, fouettant l’air de son prestige, tous s’exclament « oh the sorbonne university, you could be proud, congratulation ! ». Pas la peine de leur dire que le prestige n’est pas total, ils ne vous écoutent déjà plus, parlant de leur idée de cette université de renom, pour eux vous êtes déjà l’élite pensante française, rien ne sert de les contredire, il suffit de changer de conversation pour que tout le monde redevienne normal. Mais l’éducation américaine n’est en aucun point sociale et c’est un point qu’il faut revoir, savez vous qu’un sportif aura une bourse (parfois sans bons résultats scolaires, son diplôme lui sera alors presque donné si il offre à l’équipe universitaire un renom) tandis qu’un major de promotion n’aura rien, ou qu’un étudiant sans le sou sera bien moins aidé. La logique américaine réside dans l’idée d’excellence et de renom, si vous ne rentrez pas dans une des deux catégories, ou que vous ne concourez pas pour l’une des deux, alors vous serez plus délaissés qu’un autre. Mais malgré tout cela, je me dis que passer un an ici pour parfaire mon anglais (et avancer mes études) serait une bonne chose, clairement je veux évoluer en anglais et je ne vois aucun autre moyen si ce n’est celui de l’intégration par la pratique de la langue.
Après avoir été sur le campus nous nous rendîmes le temps du repas vers un village très fréquenté. Nous ne pouvons pas appeler cela un village mais un regroupement de vendeurs dans une sorte de halle marché, en bois. Les produits sont tous biologiques, donc chers, et les badauds qui circulent dans les allées semblent tout droit sortis des années 68’s avec une légère odeur de prairie qui les suit partout. Quelques enfants de la génération hippie se coursent ou poussent déjà la poussette de la nouvelle génération. Tout cela se passe en bord de lac et pourrait être paradisiaque si seulement il y avait moins de monde et moins de bruit. Cela nous permit de manger quelques légumes ce qui nous fit le plus grand bien car à peine arrivés nous en cherchons déjà pour nous changer de la nourriture américaine. Mais je ne vais pas développer ce point, si ce n’est que le fromage me manque tout autant que les légumes et les fruits (une tomate de la taille d’un melon n’est pas une tomate j’en suis désolé).
Cela fait nous allons enfin vers le but de notre visite, dans une réserve naturelle protégée qui nous offrira de belles images et de bons souvenirs. La forêt n’est pas plus épaisse que dans le reste de la région en cet endroit mais elle attire plus de monde, renfermant un trésor bien gardé que nous nous devions de découvrir, mais pour se faire il fallait marcher. L’air était alors de plus en plus humide, orageux, lourd, traînant des éclairs qui n’osaient pas s’élever et restaient encore muet. Par chance le temps se maintiendrait mais la chaleur nous fit suer tous et nous mourrions de désir de nous jeter dans l’eau que nous longions lors de la promenade. Nous allions ainsi le long d’un sentier, bordant la rivière, devinant et voyant des cascades sublimes qui perçaient ce canyon végétal verdoyant. Montant, descendant, serpentant, le chemin nous mena auprès de serpents (de petites couleuvres effrayées à notre vue) et au pied de ces cascades convoitées. Assez vite les français entendirent crier leurs noms, nous ne nous étions pas rendu compte de notre vitesse de marche, parlant ensemble, et oubliant que la moyenne de marche était bien plus basse en ce continent nord américain. Nous regardions cependant ne pensez pas que nous boudions la nature mais nous marchions en bon citadin sans traîner le pied à chaque virage. Au bout d’un peu plus d’une heure, alors qu’on nous en prédisait deux (il paraît que nous avons marché trop vite ce qui explique cette différence de temps de parcours entre le temps annoncé et le temps réalisé), nous arrivâmes au point convoité, la cascade principale qui offrait un bassin assez grand et surtout profond, permettant à ceux qui le désiraient de se baigner. La chaleur ne me fit pas hésiter et je gambadais gaiement vers le bassin. L’eau était annoncée à 65°F tandis que l’air était à 95°F, je ne voyais pas du tout ce que cela faisait en °C mais pour sur la différence de température serait certaine et en effet elle le fut. Je dut plonger pour oser me mouiller mais cela faisait tant de bien que nous profitâmes de ce temps pour nager et aller sous la cascade donc la chute n’était heureusement pas violente. L’orage s’annonçant, et se présentant alors que nous étions en voiture, nous eurent l’idée de rentrer un peu plus tôt en profitant pour partager un repas cher Gaylen. Nous eurent la joie de goûter le vin blanc de l’état de New York qui, entendons nous sur ce point, est assez bon quoi que parfois trop jeune et manquant quelque peu de soleil mais c’est au fond un bon vin de table voir d’apéritif selon le cépage. Mais ne nous attardons pas sur ce point, disons juste que nous avons donné un avis très très détaillé du vin à la famille de Gaylen qui disait Amen à toutes nos remarques (ou plutôt les miennes que reprenait en chœur Benjamin qui disait être en accord avec moi sur tous ces points). Jimmy ne me parut jamais aussi heureux que ce soir là, pour sûr le vin lui était monté à la tête (quand on sait le peu qu’il but cela en est comique).
Le lendemain nous nous rendions au Renaissance Festival, ce fut une bonne journée, amusante et agréable bien que la pluie ne cessa et que nous étions tous trempés. Je devais voir Laura ce soir là mais les orages obligèrent son père à s’absenter et nous remirent donc à plus tard nos retrouvailles. D’ailleurs l’orage est au dessus de la maison alors que je rédige ces lignes, comme toute autre chose il est ici plus grand que chez nous, mais j’aime l’orage et le bruit que cela répercute dans ces forêts. Ainsi la journée passa sous la pluie, au rythme des spectacles dont l’anglais était parfois trop élevé pour les français (vieil anglais il faut le dire…) mais nous comprenions les chutes ce qui demeure le mieux. Tout comme dans le Mall, nous trouvions une animatrice parlant français, preuve s’il en fait que les gens ici parlent français et que l’anglais n’a que peu d’intérêt. Blague mise à part nous partions le lendemain pour New York, je ne pense pas développer ce point dans le billet réservé à cette ville sublime donc je le dis ici, je fus impressionné par le nombre d’usagers du métro qui lisent des programmes d’apprentissage accéléré de la langue française, à croire que cette langue a toujours une importance internationale. Je fus plus amusé encore quand je vis un New Yorkais lire un livre traitant du vin français et apprenant à toute personne à lire l’étiquette du vin en bon connaisseur. Décidément la France demeure un model pour eux que cela soit en matière de nourriture ou de mode, car disons le certains individus semblent n’avoir aucun goût pour ce qu’il en est des vêtements. Mais je fatigue et il est déjà tard, j’en finis ainsi avec ce billet avant de rédiger celui sur ce temps passé dans l’un de mes endroit préféré au monde (devant Rome sans nul doute) : New York City !
USA : Politique et religion – récit de quelques boulettes
L’idée de ce billet me vint alors que je partageais avec quelques français l’ennui d’un match de baseball. Cependant cela nous permit de nous retrouver et de partager sur les jours passés dans les familles, temps durant lequel nous n’avions pu nous contacter. Chacun faisait part de son étonnement face à la conception même des repas, dont l’aspect social est complètement oublié. Enfin cela n’est pas vrai pour toutes les familles, ainsi dans la mienne se réunissent ils à table le temps de quelques minutes (la maman filant souvent achever son repas devant la sainte télé qui trône fièrement dans le salon). Pour tous nous réfutons cette conception qui n’enlève en rien un dialogue dans la famille, mais qui le réduit selon notre pensée. Enfin c’est lors de ce match, long au possible, que nous fîmes part de nos boulettes respectives.
Pour ma part tout commença dès le premier jour. Je sais que les américains n’ont pas l’habitude de se faire la bise et que l’accolade leur suffit bien, mais je ne sais pourquoi un élan français me poussa à faire la bise alors que la mère de James me donnait une simple accolade, que je trouvais cependant assez chaleureuse pour oser ce geste qui l’a surprit. Je compris assez vite et ne tentait donc plus cette action avec le reste des membres de la famille. Cependant, parfois j’ai la chance d’avoir droit à une bise de la sœur, mais vraiment tous ne s’embrassent que fort peu. Je ne suis pas un adepte des bisous tout le temps mais c’est une question d’habitude je pense et au fond j’aime cette manière de se saluer, cela témoigne d’un respect et d’un lien entre les sujets. Bien entendu je n’irai pas baiser toute personne que je croise mais ici je veux leur enseigner cette présentation basique. D’ailleurs je crois que l’on a bien des choses à leur apprendre, sans vouloir non plus devenir chauvin au possible. Pour commencer on devrait apprendre à ces messieurs en costume impeccable à se lever dans le métro pour laisser la place à une femme enceinte, une femme âgée ou tout simplement une femme. Il faudrait de plus leur expliquer que l’on peut laisser passer une femme devant nous, tenir la porte à une demoiselle sans que cela ne réclame un effort inhumain réclamant un repos de quelques minutes cela fait. Ils me rétorquent que la courtoisie est quelque chose de très français, je pensais que cela était humain moi.
Mais passons. La veille du match nous avons eu notre premier repas tous à table. Cela ressemble à la cantine, les plats restent dans la cuisine et chacun va se servir. Nous mangeons au bord de la piscine ce qui est assez agréable en ces soirées chaudes d’été, je vais donc me servir et commence à dévorer mon assiette ayant « oublié » de manger le midi et étant donc affamé. De plus, nous avons préparé le repas tous ensemble, vraiment tous et nous mangeons du porc pané, plat que j’aime tout particulièrement donc je me jette sur la nourriture sans que nul ne m’en empêche, ni ne me freine. Ici on fait la prière, mais nul n’eut l’idée de m’en faire part, je mangeais donc alors que le père parlait lorsque, buvant mon thé glacé, je les vis tous se signer et dire d’une voix unique « Amen ». J’en devins rouge à la vision de mon assiette déjà vide tandis que, tous, attendaient pour manger. Nous ne mangions pas à la même table que les parents, les jeunes sourirent sans mot dire, le père n’avait rien vu. C’est que nous ne le faisons jamais à la maison le Benedictus, il m’arrive de le faire lors de pèlerinages, retraites ou autre actes religieux mais jamais, ô grand jamais, à la maison. Je me trouvais ainsi gêné de n’avoir respecté ce temps que le père imposait à tous. Le lendemain, alors que nous faisions une pause dans une librairie avec James, je lui faisais part de mes excuses, mais cela n’avait vexé personne chacun étant libre de le faire ou non en la maison, cependant étant le seul à ne l’avoir fait cela ne pouvait m’empêcher de me sentir mal. Courte ellipse avant de continuer, alors que nous discutions, je buvais un bubble tea, un thé que j’avais prit au miel dans lequel se trouvent des boules de tapioca. Cela peut sembler étrange mais le mélange est explosif et franchement bon. Mais continuons, lors des repas suivant je fis plus attention et je prenais part à la prière avec tous car tout est bénit, du repas longuement préparé à l’hamburger, d’ailleurs je pense que l’on bénira ma quiche et mes crêpes quand viendra mon tour de préparer le repas. Le père se trouva rassuré je pense alors que je lui disais que certains de mes amis étaient aux JMJ et que j’aimerai voir le pape lors de sa venue sur Paris, cela le rassura de savoir qu’une jeunesse croyait encore car pour lui un pays varie selon les croyances et c’est cela qui fait la force des états unis.
C’est alors que l’on en vint à parler politique. James m’avait alerté, prié même de ne pas en parler avec son père, en raison de ses idées ô combien opposées aux miennes. Obama marquait un panier devant les soldats, pour le père cela n’était pas de la politique et il me demandait ce que je pensais du fait de voir un homme politique faire du sport et étaler sa vie aux yeux de tous. J’eu bien du mal à me retenir et commençais à lui faire part de l’idée française pour les élections prochaines, du fait que nous connaissions assez peu au fond les candidats mais que l’opinion publique c’était tournée vers le candidat Obama. Par ailleurs j’étais en accord sur un point, voir un président faire du sport ne fait en rien avancer sa politique, et je lui fis alors par de mon idée profonde sur les dernières élections françaises. Au fond cette discussion fut très enrichissante. Soldat de profession, achetant une arme à chaque naissance pour ses enfants, il est certain que nous ne pouvions nous entendre, mais personne ne cherchait à convaincre, ce n’était qu’un échange sur deux conceptions bien opposées de la politique et sur ce que deviendrait la politique internationale suite aux élections prochaines. La conclusion peut paraître brutale, mais attention elle n’est en rien raciste (rappelons que le père est marié à une femme du Panama), cependant pour lui une chose est certaine – et tous les américains avec lesquels j’ai parlé le dirent (même ceux en défaveur de Mc Cain) – si jamais le candidat noir est élu … oui car le problème est là pour beaucoup, le candidat est noir et donc le pays n’est pas prêt pour un tel changement, d’ailleurs le père n’y va pas par quatre chemins « si il est élu, quelqu’un le tuera, c’est triste mais c’est comme cela ».
Il est certain que nous avons beaucoup de conceptions opposées, sur le social et sur bien d’autres points mais je trouve nos échanges enrichissants même si ils ne changent pas notre vision des choses. Les discussions sur l’apprentissage des langues, sur l’histoire du Panama me plaisent énormément. Mais voilà que le temps passe et demain je vais à Ithaca avant de me rendre au festival de la Renaissance, puis se sera New York, mais je développerai tout cela dans les billets prochains.
31 juillet 2008
USA : De Moscou à Binghamton
Le voyage fut fatigant, mon voisin, un russe de quelques années plus âgé que moi, ne me laissa que peu de répit et m’empêcha tout repos me réveillant quand il désirait parler quelque peu. Ne comprenant pas pourquoi je refusais de boire avec lui il tenta de percer le mystère de ce voisin non alcoolique, ce qui demeure inexplicable selon lui. Me présentant sa famille, des grands parents jusqu’aux cousins éloignés (c’est en ce moment précis que je maudit la personne qui inventa le numérique), il m’expliquait dans un anglais médiocre ponctué d’accent russe, ce qui le rendait incompréhensible, la vie russe sur les côtes de la mer noire. Ne pouvant plus faire d’efforts il finit par me parler uniquement en russe, persuadé que je le comprenais, mais rassurez vous si je ne comprenais pas le fond, je comprenais la forme sans grand mal. Il me présenta enfin toutes les villes russes qui faisaient la grandeur de son pays jusqu’à me faire une explication de la monnaie russe, dont une pièce se trouva dans ma poche en gage d’amitié.
Arrivé à Philadelphie, il était déjà l’heure pour nous de nous coucher mais cette longue journée ne devait pas se finir ainsi, nous devions ainsi patienter une heure dans l’attente de l’arrivée de notre bus qui se trouvait en réalité à deux cent mètres du point de rendez vous. Nous avons cependant contemplé avec toujours le même étonnement cette démesure américaine dont nous parlons tant, que ce soit les voitures, l’aéroport, la ville, les routes, les panneaux même, tout nous semble plus grand en ce lieu. Les heures de car passant, nous arrivons enfin à Binghamton où m’attendent James et, surprise, une americaine d'il y a deux ans que j’eu bien du mal à reconnaître si ce n’est par son sourire qui lui n’avait pas changé du tout malgré les quatre ans et quelques mois qui nous séparaient l’un de l’autre. Le temps de faire quelques accolades, car ici –et je l’avais oublié- on ne fait pas la bise, ce qui étonna la maman de James quand je la lui fit (mais il l’avait prévenu). Nous avons alors rejoins sa maison, située dans une sorte de « no mens land », croisant sur la route biches et renards égarés ainsi que nombre d’animaux que je m’étonnais de voir si prêt. Toute la famille attendait mon arrivée, la petite sœur semblait timide du haut de ses cinq ans mais je remarquais vite que de tous c’était celle qui me parlait le plus ouvertement et le plus rapidement (trop d’ailleurs). Le frère de James et sa sœur tentèrent de me parler mais l’heure matinale pour moi, la fatigue, le voyage rendirent mon anglais pâteux ce qui me désola. Mais je pu parler avec le père qui parle un anglais très clair et est réellement impressionnant par la droiture dont il semble faire preuve. Le temps d’avaler un plat, je file dans le lit pour une nuit qui je le sais sera quelque peu difficile, sans compter sur ma grand-mère qui (n’ayant jamais compris l’histoire des fuseaux horaires) m’appelait dès le matin, alors qu’il n’était ici que 3h00 … une nuit très courte donc.
Dès 6h00 je tournais dans mon lit ne sachant quoi faire, n’osant me lever, je patientais donc jusqu’à ce que j’entendis la petite Isabella se lever alors qu’il était déjà 9h00. Le père nous prépara un breakfast sublime, omelette, bacon, muffin, pain et beurre. Cela peut sembler quelque peu écoeurant à certains mais pour ma part j’aime assez, rassurez vous je n’ai suite à cela pas mangé le midi attendant le soir pour me rassasier. C’est aussi l’intérêt de manger quand on le désire, c’est que l’on peut sauter des repas (car ici il y en a plus que trois) sans vexer personne et sans que cela ne se remarque, il suffit d’ouvrir le frigo pour se servir à boire. Le père me demanda dès le matin si j’avais une arme et si j’aimais tirer, de toute évidence je vais pouvoir le faire ici avec lui si je le désire, c’est un chasseur et il aime faire partager sa passion, mais avant de reparler de cela avec je veux éclaircir un autre point : utilisent ils souvent le kayak qui se trouve dans le jardin ? Pour le moment nous passons le reste de la matinée dans la piscine, jouant aux cartes entre deux baignades. Cela fait nous marchons pour une longue promenade qui me permit de découvrir le paysage alentour, la faune, même si nous ne croisâmes pas l’ours qui se montre assez souvent en ce moment (autant dire que j’espère le croiser avant mon départ). Nous retournons à la piscine et l’après midi passa ainsi avec le plus grand plaisir, à discuter avec les sœurs de James qui sont vraiment adorable, d’ailleurs Isabella semble m’avoir déjà intégré à la famille m’offrant des câlins tout comme aux autres membres qui la constitue.
Le meilleur ami de James est venu nous chercher en fin d’après midi (pour le nom je vous dirai cela quand je le reverrai car pour l’instant je me concentre plus sur les sujets de conversation que sur la compréhension des noms et surnoms qu’ils se donnent). Il vint ainsi nous chercher et nous nous rendîmes au starbuck cofee pour y boire un verre avec deux de ses amies. Là Erika nous retrouva et je dois dire avec plaisir que le groupe s’entendit bien avec ce qui assure que je passe du temps avec durant ces deux semaines. Ils parlent de tout, de rien, d’ordinateur, d’orientation, de prix des études (le moment pour moi de les faire saliver avec l’université), leur niveau de français, Paris, Bush … et le temps de comprendre je n’ai que rarement le temps de parler, surtout quand les conversations se chevauchent mais au moins je comprends et cela me va, je ne suis pas trop perdu, heureusement car au rythme que cela prend je ne pense pas voir beaucoup les français durant ces deux semaines. Au bout de plus d’une heure de discussions nous nous rendons, sans les amies de James, au cinéma pour y voir Hancock (j’avais le choix avec Wanted mais je connaissais mieux l’histoire du premier que du second ce qui orienta mon choix). J’ai pu rire aux blagues, suivre ce film au langage très basique et donc très agréable pour un étranger qui doit suivre sans sous titre. Je réussis même à m’interposer dans la discussion de James et Erika pendant le film, preuve que je commence à suivre les conversations de mieux en mieux. Le film passe, les pops corn noyé dans le beurre sont consommés et alors que nous sortons nous filons tous au Taco Bell. Quelle joie de retrouver l’unique fast food qui ait grâce à mes yeux dans ce monde sinistre. Je mange avec plaisir, nous laissons alors Erika pour rentrer, mais je suis invité à des soirées avec et nous voyons déjà quand nous revoir tous ensemble. Décidément je suis très heureux d’avoir rencontré ces américains, c’est une bonne chose dans ma vie, de bonnes amitiés riches en échanges et en apprentissage. Mais il est déjà 23h00, ce n’est pas tard si ce n’est que cela fait 48h00 que je ne dors presque pas, alors la fatigue m’emporte et je me laisse aller vers ma chambre après avoir discuté avec les sœurs.
Pendant que j’écris ces quelques lignes je dois expliquer que la petite sœur de James se tient prêt de moi me donnant des conseils pour ma survie, et me disant tout en chantant combien Julien est un nom féminin (un nom français comme lui rétorque son frère). Elle m’explique comment ne pas avoir trop chaud, comment zapper, mettre un dvd, dormir et éviter que le chien ne me morde trop (d’ailleurs mon bras gauche en saigne déjà, et la main droite ainsi que les jambes … il faudrait que je prenne tout cela en photo pour vous en donner une preuve). Mais pour l’heure après lui avoir dit bonne nuit elle me laisse, cessant un temps de parler (elle parle si vite), et me laissant le temps de me reposer. Je ne dis pas que je posterai chaque jour un billet mais je ferai part tant que je le pourrai, et selon le rythme des évènements, de ce qui se passe aux états unis.
USA : La démesure américaine
La démesure n’est pas un mythe, elle est omniprésente, partie intégrante du paysage et de la vie de tout bon américain. Des routes sans fin, parsemées de fast food, au temps qui varie plus vite qu’un mouvement passant d’un soleil divin, d’une chaleur étouffante à un orage sublime et un froid tout relatif. Ce que je vais vous offrir ces prochaines semaines c’est la vision, souvent étonnée d’un petit français qui, laissé à lui-même dans la grandeur des états unis, expliquera avec étonnement, comme il en serait pour un enfant, ce qu’il contemple et apprécie au rythme des journées.
Mais avant toute chose je dois expliquer comment je me trouvais propulsé en l’état de New York. J’ai par le passé été dans cet état pour un échange scolaire, accueillant deux ans après des jeunes du même lieu je sympathisais de plus en plus avec les enseignants responsables aux états unis. Pas de nouvelles le temps aidant et passant, quand tout à coup, en décembre, j’eu un mail venant de ce pays situé de l’autre côté de l’océan, le proposant de guider le nouveau groupe dans Paris avec à la clef un aller retour tous frais payés. Ma réponse ne se fit pas attendre et j’acceptais alors assez vite la proposition. J’ai ainsi mené dans la capitale pendant deux semaines un groupe américain d’une trentaine de personnes, parfois plus selon le programme. J’étais loin d’imaginer combien cela pouvait se révéler fatigant et stressant mais si on me le propose, et cela a déjà été fait, je recommencerai sans mal. C’est ainsi que je me suis retrouvé en ce lieu magique, perdu dans le nord américain à mi chemin entre Niagara et New York City. Mais vous ayant expliqué la cause de ma venue je dois maintenant vous faire partager ces deux semaines que je vais vivre, en espérant que le récit ne vous lassera pas et que vos questions seront nombreuses.
21 juillet 2008
I'm lost
Perdu dans le nord est americain c'est avec grand mal que je me connecte et que je redige ces quelques lignes. Vous aurez donc mon recit des mon retour pour parler du powwow, de new york, washington et de cet echange.
Je passe parfois sur canalblog qui fonctionne mieu que ma boite mail alors n'hesitez pas a laisser un mot en profitant de vos claviers qui sont moins compliques que ce dernier.
27 juin 2008
Arcy sur Cure - Grotte du bison
L’orage claque dans le ciel, la pluie tombe drue sur le sol séché ces jours derniers en ces terres de bourgogne foulées des siècles durant de part et d’autre du territoire. Le temps passe bien vite sur cette fouille et les jours se précipitent à toute allure, s’écoulant à la vitesse de cet éclair qui, perçant le ciel, arrache un son d’agonie à la voûte étoilée en ce soir de début d’été. La pièce est désertée, les archéologues partagent un repas chez monsieur le comte tandis que nous passons le temps à parler du site, des découvertes réalisées, des éléments trouvés alors que certains entament un somme convoité et attendu durant cette journée. Nos rêves sont tous doux et nos nuits profondes pensant à l’animal fouillé, aux éléments espérés la journée durant. Le violon se tait ces derniers jours et son propriétaire ne fait plus glisser son archet comme il le fit la première semaine durant. Les liens se créent, les animosités s’estompent et chacun s’ignore pour éviter la moindre étincelle, bien que les oppositions demeurent rares en ce monde civilisé et entraîné, de par les expériences, à la vie en communauté.
Les champs se balancent, les épis sont fouettés par les éclairs, ballottés par le nuage de pluie qui les inonde, les arrose avec une violence toute relative. Le silo de la sortie du village de Chevroches doit se voir approché par les éclats de feu qui tombent à proximité en ces champs désolés nous laissant voir à perte de vue. Le temps passe, les jours s’additionnent, les semaines se tassent sans que l’on ne puisse ne rien y faire. L’absence, l’éloignement nous semble cependant parfois quelque peu pesant mais c’est ainsi et nous ne pouvons que nous y plier, nous y faire et l’accepter. Voir la famille, les amis, un être aimé nous apparaît un luxe sublime alors que les fouilles s’enchaînent et que l’idée de ne pas les voir pendant une longue durée se fait ressentir. Nous ne sommes pas tant à plaindre que ces bons néandertaliens qui croisèrent des hyènes géantes et féroces en ces grottes, mais cette souffrance est aussi importante. Enfin nous survivons cependant, habitués ou tachant de l’être au fur du temps. L’idée de continuer par l’accueil des américains m’enchante par ailleurs, la possibilité d’offrir une visite de notre ville, une présentation de mon pays me plait plus que tout, sans parler de la suite qui me mènera en ce continent que j’aime tant. Comme toujours le plus difficile sera de laisser ceux que j’ai rencontré, les américains et gens venus du monde entier, les françaises, notre breton. On a une tendance importante à se lier assez vite avec ceux qui partagent notre quotidien durant ces semaines, même ceux qui ont si peu de points communs avec nous même. La promiscuité rapproche les gens et les fait se lier d’une amitié qui ne perdure pas tout le temps hors du chantier.
Mais que dire, que pouvoir dévoiler sur la nature même des découvertes réalisées sans ennuyer le lecteur plus emprunt à écouter ragots et histoires que descriptions de mètres fouillées et d’artefacts. Qu’importe la chose est obligatoire, la description du terrain l’étant de même. La pluie s’accélère alors même que je compte faire part de ce site et des éléments qui en jonchent le sol. Il s’agit ainsi d’une ancienne grotte effondrée nous livrant des os de gros mammifères dans un bon état de conservation compte tenu de la période ancienne du niveau, de nature moustérienne (paléolithique moyen). Le métapode de cheval caresse le sédiment accolé à un bois de renne qui se couche fièrement offert à tous, non loin du mammouth s’élève et du bison se plante dans la terre, entre deux roches d’un plafond effondré, nous forçant à épouser les variations pour dégager les éléments que nous avons à étudier. Bien des os rongés, digérés, des coprolithes même, nous poussent à nous interroger sur la présence de hyènes de taille importante en cette grotte. La question demeure donc à soulever et à résoudre : qui de l’homme ou de la hyène mangea l’autre ? Voilà une question qui demeure ouverte et à laquelle quelques éléments pourraient aider à répondre, bien que la chose demeure floue à ce jour.
La Cure s’écoule quant à elle curieuse de nous voir ainsi fouiller ces vallées qu’elle traversa des millénaires durant. Nous voyons les groupes passer, les kayaks s’écouler tandis que nous fouillons et tamisons. La dernière semaine sera réservée au démontage et au nettoyage des os, nous permettant ainsi de voir de plus prêt des éléments que nous avons regardé avec gourmandise durant toute cette fouille, le temps de la campagne. La frustration sera grande de ne pouvoir plus fouiller mais certains éléments nous donnent espoir pour les saisons prochaines et donnent envie à bien des gens de venir à nouveau pour fouiller et chercher ce qui pourrait nous aider à avancer sur la problématique initiale. La grotte du bison et la grotte voisine du Renne avaient été fossilisées par un talus d’éboulis, la grotte en elle-même du bison de ne fait que deux mètres de larges sur cinq de long, l’extrémité étant fermée par un éboulis datant du moustérien. Il faut dire par ailleurs que ce site est voisin de la grotte fouillée en partie par Leroi Gourhan qui, en 1963, découvrant Pincevent et ses suites logiques planimétriques, préféra la déserter pour la laisser à ceux qui suivraient. Nous continuons ainsi un travail dans la plus pure tradition de cet illustre individu que je poursuis tel un spectre passé d’un site à un autre. Les éléments lithiques sont ici rares et bien éloignés de ce qu’il m’avait été de fouiller à ce jour. L’intérêt sera donc d’avantage porté sur les éléments fauniques trouvés sur le sol à l’intérieur de la grotte et sur le comblement passé lors du remplissage par écroulement et sédimentation. Sans compter la saison de cette année les restes fauniques se répartissent de la manière suivante : 33,79% de renne, 29,34% de cheval, 8,69% de hyène, 6,94% de renard, 6,75% d’ours, 5,79% de bison/aurochs, 3,09 de loup, 1,64% e mammouth, 1,15% de lièvre, 0,96% de cerf, 0,58% de chamois et 0,38% de rhinocéros et de marmotte.
Ce site est vraiment sublime et je n’ai pas fini de vous en parler, vous ne serez pas déçu mais il faudra me laisser du temps pour cela.
20 juin 2008
Fouille Etiolles (2-15 juin 2008)
L’an dernier je n’avais pas eu le temps de rédiger un article digne quant au site magdalénien d’Etiolles (proche d’Evry en Essonne), voilà que je m’apprête donc à réparer cette faute ignoble et inqualifiable. Avant toute chose je suis obligé de présenter rapidement, sans me perdre dans des détails qui vous ennuieraient plus que tout, ce site sublime et bien connu de ceux qui se penchent sur la préhistoire. Nous sommes donc sur un gisement magdalénien posé sur le limon de la plaine alluviale qui jouxte la Seine (selon le même principe que Pincevent). Cet habitat de plein air se tenait ainsi non loin du fleuve et sur les berges d’un petit affluent ce qui explique un pendage important avec une implantation de plein air sur la rive. Mais ce qui rendit ce site si connu fut avant tout le sublime du débitage laminaire avec des amas de débitage et des lames qui défient celles que l’on trouve à la même période par leur qualité et leur taille (30 à 40 centimètres en moyenne). Au tout début, aucun d'entre nous ne pouvait se douter de l'intérêt de cette découverte, raconte Monique Olive qui a pris en 1997 la responsabilité du site. Et certainement pas de l'existence, sous ce tas de silex, d'autant de campements préhistoriques, étalés sur des centaines de mètres carrés. Un site d'une telle richesse qu'il jouit désormais d'une renommée mondiale. » Ce site est ainsi imposant par son histoire et sa richesse.
L’an dernier je m’y étais rendu comme sur un chantier école, un peu comme un rite de passage pour appréhender la préhistoire magdalénienne tout comme à Pincevent. Cette année c’était bien plus pour suivre la suite de la fouille et revoir des gens que j’avais apprécié par leur travail et leur aspect humain. Me voilà donc à nouveau sur ce site sur lequel je m’attends à trouver moulte silex. Cependant, une fois n’est pas coutume, nous avons principalement trouvé des os de renne, enfin un sol, un niveau cohérent quoi qu’il nécessite bien des études pour être compris dans son ensemble. Quelques silex crachaient cependant à proximité des mandibules, scapula et d’autres os sublimes que je pris grand plaisir à fouiller. Nous sommes là bien loin de l’image d’un Indiana Jones mais entre deux brouettes et deux découvertes je goûte au plaisir de l’archéologie donc je ne me lasse pas ce qui est très bon signe. Ce site livre ainsi enfin de l’os même si nous sommes bien loin de l’état de conservation de sites contemporains, cependant cela est un bon début et d’un grand intérêt pour l’étude à venir du sol fouillé. Surtout je ne serai comment définir la joie, l’explosion de sentiments alors que vous avez un os, une dent qui sort et se révèle. On peut parfois passer la journée, voir plus, à le révéler mais alors qu’il est net, calme, reposé délicatement sur le substrat, alors on voit avec plaisir le travail accomplit. D’autre part nous avons profité de cette saison pour ouvrir une autre zone de l’autre côté du ruisseau pour trouver des silex patinés, trop mouvementés par les inondations mais surtout les labours modernes et contemporaines. Le site est cependant important et a livré bien des informations pour voir le développement du campement de part et d’autre avec possible contemporanéité des deux unités excavées.

La découverte ! Sur un bloc de calcaire, un cheval dessiné et une énigmatique créature mi-humaine, mi-animale. Une oeuvre d'art datée de 12 300 ans. © Gilles Tosello
Bien entendu comme toute bonne fouille celle-ci s’est soldée par un lot de rencontres que je ne peux oublier, sans parler de l’inquiétude (et des rires) alors que nous voyons l’une des notre piquée par un moustique et gonflant tant au visage qu’il fallut lui injecter de la cortisone … et oui l’archéologie en ile de France peut parfois être un réel danger. Enfin, bien qu’il y ait peu de chance qu’elles lisent ces lignes, c’est avec plaisir que j’ai vu Isabelle à nouveau et découvert Claire et son sourire renouvelé … bien qu’il faille qu’elle le quitte pour s’imposer et faire peur aux jeunes fouilleurs. Une chose est certaine, il faudra encore me souffrir l’an prochain sur le terrain et le soir pour revoir ma Yvette et boire avec Marianne (mais pas au Calvados …). Sur ce je vous laisse à nouveau un temps étant en ce moment bien loin d’Etiolles et de ses 13 000 ans, me trouvant à Arcy sur Cure en plein homme de Neandertal durant le moustérien (300 000 à 30 000 mais ici plutôt 60 000 à 40 000 BP) entre des hyènes, des mammouths, des ours, bisons, bref une faune bien différente de celle des sites du bassin parisien, en grotte pour changer et découvrir de nouvelles techniques et ainsi de nouveaux archéologues (on doit parler anglais sur ce site car l’équipe est internationale avec pas mal d’américains … et ça c’est bien).

25 mai 2008
Au fil du Nil
J’ai laissé mon récit au milieu de ces vacances sans plus avancer, mais entre deux révisions je m’autorise une pause et vais enfin vous parler de ce pays sublime qu’est l’Egypte. Bien entendu je ne pourrai faire une explication de toutes ces choses que j’ai contemplé mais je tacherai de faire part de ce qui m’a le plus touché. C’était pour moi un premier voyage au Club Med, mais point de malaise je ne faisais qu’y dormir visitant dès le matin à des heures auxquelles je n’ai pas habitude de me lever en semaine. Ce que je retiens est avant tout un aspect quelque peu pompeux de certaines personnes, au brushing tout droit sorti de Desperate Housewives. Mais heureusement certaines personnes humaines ont aussi leurs habitudes en ce lieu, nous n’étions donc pas trop mal à l’aise, même si il m’arrivait de vouloir leur enseigner le sens même de la simplicité. J’ai même eu la chance de rencontrer une demoiselle que l’on pourrait qualifier de nymphomane, bref le Club est une grande famille en effet …
Le Nil coulait en contre bas, le soir je le passais à contempler ce fleuve vecteur de vie et d’une des plus belle civilisation dont les traces nous soient restées. Le bruit des bateaux qui fendent l’eau nous rappelle cependant bien vite à la réalité d’une vie qui n’est plus si paisible qu’elle le devrait. En face, sur la rive ouest, la vallée rocheuse se dresse, protégeant en son sein les tombes des rois, reines, nobles et artisans que tout un chacun connaissent. Ce pic calcaire ressemble à un décor de cinéma avec des puits, boyaux creusés pour créer des cavités richement décorées. Je contemplais enfin ce qui me poussa plus jeune à mes études et j’étais comme un enfant, refusant de sortir, la larme à l’œil quand le gardien de la tombe éteignait la lumière dans l’attente d’un bakshish en échange de ce bien précieux pour pouvoir profiter des détails des panneaux. Mais alors que je voyais ces tombes je ne savais que j’allais m’emporter, tomber de ce nuage pour retrouver l’aspect vil de l’homme qui ne cherche qu’à gagner sans se soucier de détruire aucunement. Ainsi, alors que nous faisions un arrêt dans une boutique de bord de route, comme il est d’usage dans ces visites, je m’approchais d’un objet que je voyais en arrière boutique. La finesse de ce dernier m’interloqua et son aspect troué, pour une planchette funéraire associée à un masque me poussa à parler à un vendeur. Ce dernier me mena directement vers son patron qui, seul, était autorisé à vendre et discuter de pareil objet. Le masque était de taille modeste, les couleurs étaient un peu passées mais la finesse du trait, le matériau sculpté avec soin ne laissaient aucun doute, je me trouvais face au produit d’un pillage. Je ne voulais cependant pas effrayer mon interlocuteur et lui posais donc des questions, il se rendit alors vite compte que je connaissais quelque peu le sujet et me sortis des oushebtis. Aucun doute nous n’étions alors plus face à des reproductions pour touriste, les éléments étant cassés et de toute façon absent des listes d’objets qu’achètent les touristes à ma connaissance. Le ton monta, je m’emportais et lui faisais part de mes études. Vexé l’homme rangea tout au plus vite et me chassa. Le trafic est toujours vif et la chose me peina plus que tout et, combien même la beauté de ce que je verrai par la suite m’apaisait, je ne l’oubliais pas au cours de ce séjour.
Les temples se font face et s’opposent, un Dieu, un Pharaon, chacun connaissant une dédicace diverse. Je pourrai parler du temple de Hatshepsout qui, représentée en Osiris, se dresse dans cette cathédrale rocheuse entre les tombes des grands égyptiens. Nous avons ainsi un nombre de temples d’ordre funéraire sur cette rive ouest, qui rendent compte de la grandeur de ces pharaons qui représentent leurs vies selon une propagande ô combien importante. J’aurai envie de vous transporter en ces lieux, tant un texte a bien du mal à rendre compte de ces faits. Je pourrai vous parler de Louxor, Karnak, Medinet Habou ou encore Denderas et Abydos mais le temps me manque et je vois bien mal comment vous faire part de la beauté de ces lieux. Je verrai si je peux mettre des vidéos d’ici quelques temps. Je me contenterai de dire qu’une chose est certaine alors que l’on quitte le pays, on y reviendra et si possible plusieurs fois.
Le dernier soir le soleil se couche, plongeant le Nil dans une obscurité totale, donnant à son eau un air lourd et puissant. Le léger clapotis nous berce tandis que le Dahabieh reste à quai laissant le vent s’infiltrer en ses voiles. C’est un petit coin de paradis que ce quai qui nous transporte sur les bords de ce Nil milles fois centenaire et sur lequel le temps semble avoir eu bien peu de prise alors qu’il observa son Egypte évoluer allant d’une période pharaonique divine, à une emprise copte puis islamique. Vraiment ce pays a bien des trésors à nous offrir et la plus grande joie pour moi fut la contemplation de Deir El Medineh, ce village artisan, le seul habité de la rive ouest, et celui qui me fit plonger enfant dans l’archéologie. La voilà donc la raison, je pointais du doigt ce plan urbain qui ne parlait à personne mais qui pour moi me disait tout, me disait tant.












