09 août 2009
Ainsi vont les voix ...
On écrit beaucoup sur les instruments et leurs musiciens, trop peu sur les chanteurs. Trop surs d’eux avec leur instrument interne ces derniers ont une fâcheuse tendance à se prendre au sérieux et cela très tôt dans leur ascension vers les hautes sphères de l’élite musicale. Si les mélomanes guettent tout défaut vocal, le grand public aura tendance à voir en ces quelques personnages une classe de surhommes aux cordes larges et à la voix profonde. Derrière ces quelques talents se cachent de longues heures de travail dont le chanteur rend rarement et difficilement compte trop heureux d’être pensé talentueux, né avec un don, une voix chaude et colorée. En réalité peu de chanteurs se savaient avoir un tel pouvoir musical en eux avant quelques années et peu osent avouer sérieusement avoir travaillé dès la prime enfance pour se retrouver sur les grandes scènes à chanter des répertoires adulés. Derrière la trop grande importance que s’offrent certains grands du domaine se cachent une horde de petits chanteurs qui se prennent souvent trop au sérieux, surtout quand ces derniers souffrent d’une médiocrité abjecte qui les hante. Le meilleur chanteur demeure le timide, celui qui craint d’entendre perler sa voix et qui ne s’étale pas des heures sur l’ange interne qui s’éveille lors de ses gammes. Le bon chanteur est humble, évite les enregistrements scabreux et les émissions à sa gloire unique. Il aime la compagnie de ses amis et chanter pour les autres pour le simple plaisir qu’il leur procure et se procure. Si il oublie derrière la performance le doux désir de plaisir qui le poussa à fréquenter les scènes, ce dernier est perdu pour toujours. C’est ainsi que les plus grands chanteurs se sont perdus à fondre sur des rôles pour le simple goût de la performance alors que leur voix ne réclamait pas d’être travesti à ce point. Certainement une certaine rengaine après un ténor à la voix doucereuse me pousse-y-il à porter cette critique. Je ne me lancerai pas dans un débat pour noyer le poisson mais je me contenterai de dire qu’à vouloir enregistrer et donner des références à notre temps, on se trouve parfois plongé dans une boue qui nous colle à jamais. Tout le monde n’est pas Pavarotti et quiconque voudrait faire plus que lui aurait vite fait de se fatiguer, de se discréditer. Mais passons cette critique pour offrir une vision des voix dans la musique. Nous tairons les oppositions avec les musiciens, ces derniers sont belliqueux (surtout les violon I) et aiment à se détruire entre eux. Mais quand ils se trouvent dans la fosse, écrasés par le poids des chanteurs et qu’ils se démènent pour couvrir sa voix alors que le chef les en défend, baguette levée, poing serré, c’est toute l’opposition de la concorde musicale qui se présente. Sans le chef toute formation se complairait au plus grand pugilat que l’histoire eut observé. Car que ce soit à l’opéra ou dans un chœur, les égos raisonnent parfois plus fort que tout instrument. Mais que dire des chanteurs un à un ?
Voix la plus profonde, le basse est souvent pensé comme un gros homme crachant un grave tout droit venu des profondeurs de l’enfer. Rigolard et aimant boire sa bière, il fait penser chez les musiciens à l’alto souvent décrit comme buvant et travaillant peu, si ce n’est pour pointer la difficulté apparente d’un passage. On le pense lisant sa partition pour la première fois le jour d’une générale sa voix ne recelant aucune difficulté. De toute évidence ce dernier est là pour contenter et contempler les demoiselles qui peuplent les rangs des formations musicales. Criant, beuglant, plus qu’il ne chante il fait fondre les femmes et parfois les ténors qui préfèrent cependant s’en tenir éloigné par soucis de ne pas mélanger les graves aux doux aigus. Cependant avec ses rondes creusant dans la partition vers les profondeurs de l’océan, ce personnage est souvent dépeint comme tirant vers le bas le reste des voix. Une faute dans un enregistrement ? Ce dernier sera incriminé, pas capable d’assurer un pianissimo, il est dépeint comme le diable en personne, sans sens musical ni virtuosité. Au fond chacun le jalouse pour sa nonchalance et les rôles de méchant qui lui sont attribués. Lui n’est pas obligé de s’affubler de collants bariolés pour rendre crédible sa partition. Au sein même du pupitre certains se disent nobles tandis que les autres s’affubleront du titre de baryton, mais tous au fond s’entendent quand il s’agit de jaser sur la soprane qui leur fait face et qui laisse observer une gorge blanche et douce à laquelle ils feraient miroiter tous les diables de la terre. Il jouit de quelques uns des plus beaux rôle de l’opéra mais souffre souvent par son dégout des médiats de l’ombrage des voix hautes qui se complaisent à bronzer sous les projecteurs des plateaux télévisés.
L’alto serait chez les femmes l’équivalent des basses. A la voix plus ronde et plus douce que les aigus vertigineux de la soprane, elle alimente et agrémente les partitions de quelques parties anthologiques demeurées sous silence derrière les hautes notes crachées par leurs voisines. Ce terme est aussi employé pour quelques hommes dont la technique de fausset offre des aigus fournis et délicats qui laissent souvent béat un public non averti. Mais derrière ces femmes il faut voir le chœur même des ensembles vocaux. Une décontraction et une simplicité qui fait envie. Elles ne se congratulent pas pour leurs graves comme le feraient les sopranes pour leurs aigus, elles en ont conscience (à l’instar de leurs voisines sopranes), si leur tessiture le leur permet il n’y a pas de quoi fouetter un piano. Chez les solistes certaines aiment cependant crever la scène mais elles demeurent rares et bien souvent c’est leur humanité qui les caractérise. Tour à tour chérubin chez Mozart, Carmen chez Bizet, elles offrent les plus belles partitions sans que personne ne semble jamais rêver un jour posséder leur tessiture. Pourtant, à les entendre d’aucune ne voudrait un jour passer à la tessiture supérieure. Et nous les comprenons, au fond secrètement j’avoue les envier !
Souvent pensée comme diva, détestable et excentrique, la soprane frôle la limite de l’humain en imposant des aigus à en éclater un verre. Derrière l’image de la castafiore opulente c’est à ce jour des mines policées et maigrichonnes qui peuplent les scènes. Dans un chœur, toujours dissipée et rigolant elle aime à contempler les pupitres masculin, rougissant dès que son regard est intercepté par un de ces bellâtres de basses. Elle regarde peu les ténors, ces derniers sont au fond les seuls d’une formation qui pourraient leur porter offense auprès du public en imposant à son tour une gamme vertigineuse. Pouffant à chaque mot d’esprit du chef, elle aime rappeler par ses ricanements répétés sa présence au sein d’une formation. Persuadée d’avoir toujours la difficulté dans une partition elle aime être traitée en retour selon le rang qui lui est pourvu. Si certains compositeurs ont écrit des parties sublimes pour elles ce n’est pas pour rien ! Elles ne sont pas égocentriques, juste trop certaines de leur talent et elles désertent vite les petites formations pour se perfectionner dans une classe, auprès d’un maître plus côté dans la bourse du lyrique. A l’image de Violetta dans la Traviata c’est une courtisane assoiffée de reconnaissance. Au fond elle est attachante et malgré son excentrisme on l’aime bien. C’est un peu la blonde du groupe que l’on protègerait de l’ignoble voisin trop enclin à contempler le décolletée de la diva que la tessiture de cette dernière. Mais toutes ne sont pas ainsi à se complaire dans l’opulence. Certaines sont d’une délicatesse certaine et chantent avant tout par goût et passion sans se soucier des facéties de leurs voisines de pupitre. La soprane n’est pas pudique, elle aime sa voix et veut la faire entendre. Et quand la choriste rencontre la soliste c’est toujours pour la jalouser. A ce combat force est de constater que la soliste est souvent plus simple que la choriste qui guette la moindre erreur pour glisser à sa voisine qu’elle eut mieux fait si seulement le chef le lui avait proposé. Ainsi entendriez vous chantonner (souvent mal il faut le dire) quelques choristes trop sures d’elles pour prouver à la soliste que cette dernière n’a pas grand intérêt. Et si les hommes soutiennent dans la médisance c’est pour ne pas souffrir des représailles car la soprane est mauvaise et derrière ses In Paradisum, elle cache des ongles aiguisés. Attention au loup qui dort. Mais heureusement toutes ne répondent pas à ce tableau d’enfants capricieuses … mais sans trop chercher sans mal vous en rencontrerez.
Pour finir le Ténor est l’homme le plus sur de lui. Persuadé d’être un virtuose il impose son bel canto quand cela n’est pas nécessaire. A en juger par la didactique même que je développe, ayant posé une majuscule à ma tessiture alors que je n’en faisais pas de même pour le reste des voix. Autre fait révélateur, la quasi nécessité de faire savoir sa voix! Le ténor fricote avec ses voisins de pupitre et quand il est soliste il se complait à marquer sa félicitée en se plantant droit comme un piquet pour chanter deux mélodies sans saveur. Au fond il rêve de se marier à une soprane pour former un couple de star qui crèveraient la scène et feraient rêver les autres. C’est souvent lui qui répond volontiers aux attentes des journalistes en répondant aux interviews et en proposant des émissions sur sa vie, son œuvre, son enfance, son apparition, sa région, son pays, sa famille, sa femme … et j’en passe. Il aime marquer que lui travail à l’instar du basse et que les aigus demandent un régime de vie particulier. A l’écouter c’est le seul à avoir du mérite dans son travail. Mais ne vous fiez pas à l’assurance de ces frêles personnages. En réalité certains baves sur leur voisin, tandis que d’autres jalouses les basses pour des graves qu’ils n’atteindront jamais. Car oui, le ténor est envieux, jaloux, narcissique et au fond fatiguant à virevolter sur les partitions comme un oisillon tentant de sauter de son nid sans s’écraser au sol. Un jour héroïque, le lendemain lyrique, léger ou spinto, jonglant entre le comte Almaviva, Calaf ou encore Don José et Manrico, il se risque parfois à quelques facéties de baryton pour contenter son narcissisme virulent. Sa voix ne lui suffit pas, son répertoire non plus et c’est pourquoi il se sent obligé de noter toute évolution d’étendue vocale. Si cette dernier, évolution, est une traduction d’une voix qui murit naturellement il se contentera en parlant d’un travail qui porte ses fruits. Mais au fond le ténor est attachant et fragile, il protège sa voix et aime le faire savoir. Et quand il use de voix de tête n’allez pas lui parler d’artifice ou de voix travestie, ce dernier vous parlera de technique, technicité, travail et évolution. Car dans le chant il est à coup sur le plus adulé, le plus énigmatique et le plus rêvé et si ce n’est vrai cela n’est pas bien grave, tant que ce dernier s’en persuade tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. La modestie n’est pas son atout principal ou alors faut il chercher dans quelques formations qui ne crèvent pas l’écran. Il suffit de tomber sur quelques émissions pour s’amuser d’un ténor s’enorgueillissant de quelques félicitations qu’un critique bavant lui offre alors que ce dernier est critiqué par un public qui ne saurait lui pardonner la moindre faute non pas de note, mais de goût !