19 juillet 2009
A la rencontre des sentiments
Regard de braise, cheveux de gaie et peau ensoleillée. Léger plissement des yeux et lèvres gourmandes, humectées, mordues comme solennellement dans un rictus appelant au baiser. Des yeux de biche dont la profondeur invite à s’y plonger dans le calme et la douceur d’un marron ténébreux prêt à faire chavirer tout homme s’y contemplant. De ce regard je ne peux retenir que l’apaisement des sens qu’il provoque, le plaisir auquel il convie sans mot dire. Puis, comme emporté par un sourire ce regard se fend, s’entreferme jusqu'a se clore à l’instant même ou mes lèvres rencontrent les siennes. S’en suit une cérémonie douce, tempérée, que ce soit dans le vent, sous la pluie, en plein soleil, toujours un même entrain, comme une prière que l’on ne dirait qu’en chuchotant et dont nul renversement ne nous déconcentrerait. Religieusement, de manière quasi cérémonielle, les bouches s’entrouvrent, se rencontrent et se libèrent comme un flot de parole se déversant sans discontinuer. Il ne s’agit alors plus uniquement de s’embrasser mais de s’offrir. Un plissement des doigts, la rencontre des mains, un nouveau sens qui s’éveille alors que les caresses se proposent, hésitante pour commencer puis, comme cédant aux dogmes qui les retenaient, se délivrant et se présentant à l’autre. Une main glissant dans des cheveux longs, lisses et comme reflétant l’ébène tandis que la seconde, aventureuse, ose caresser le visage, rencontrer les lèvres, délimiter la joue et s’aventurer sur un cou au port délicat. Peau douce invitant à la caresse, les mains se font alors plus présentes, plus pressentes à mesure que les baisers s’intensifient, s’accélèrent comme dans une course effrénée, une farandole solaire se laissant aller à l’explosion comme refusant la nécessité de reprendre son souffle. La caresse se fait alors de même plus brutale, douce cependant, s’emmêlant en ces cheveux pourtant claires jusqu’alors, s’accrochant à la tête comme pour inviter le baiser à une fougue moins solennelle. La douceur ne disparaît pas pour autant, mais la passion explose et se fait plus instinctive (les philosophes me disputeraient l'usage de cette terminologie), plus animale en ces secondes ou la raison quitte tout entendement et ou seuls les sens s’exposent et se livrent.
Le baiser se calme, la main glisse comme attirée vers des zones qu’elle n’avait encore remarquée. Dans ce baiser les corps se faisant face se sont rapprochés, collés, comme serrés par un étau invisible les conviant à une proximité, une intimité totale. Alors que le baiser se fait doux, le souffle coupé, je sentis sa respiration, haletante, comme hésitante sur la suite à donner. La poitrine qui se gonfle, effrayée par quelques soubresauts passionnés, se rétractant et se collant à nouveau au torse dans une danse émerveillée invitant au plus merveilleux des voyage. Le souffle court, haletant lui aussi, ne propose cependant aucune trêve à l’étreinte. Il n’est pas question de capituler en cet instant, mais de continuer cette valse des sens et des sentiments. Laisser alors ses mains tomber, elle toujours sur mes cheveux et moi me laissant aller à découvrir ses courbes que la passion m’invite à désirer. Un corps fin, comme fragile sous la harde des baisers que l’un et l’autre se rendent non plus par simple politesse mais par désir mutuel, révélé et emmené jusqu’à éclosion explosion. Une chute de rein, un ventre lisse, caramélisé, à la douceur de la plume, un miel des plus exquis, sauvage et invitant à la caresse, à l’exploration. La main s’égare, se perd, remontant et descendant comme pour s’assurer que la douceur est bien réelle. Pas un défaut, un lait tiède et suave qui s’offre. Remontant, à la croisée des mondes, rencontrant ces seins qu’il ne pouvait voir encore dans l’étreinte du baiser, il découvrait, presque tremblant dans l’assurance qu’il s’offrait, de découvrir ces roses écloses qu’il convoitait. A l’éveil des sens, dans un léger râle, souffle coupé par le désir éveillé, le baiser se veut rassurant, délicat et passionné. La paume s’imprègne de ce nouveau paysage qu’elle ne connaît pas, tout comme le spectateur regarderait un tableau exquis pour la première fois, dont il ne voudrait oublier la profondeur du trait et la délicatesse du regard. Un linge se laisse alors tomber, la voilà toute nue dans la candeur des baisers, se présentant, s’offrant au regard de son bien aimé. Encore tremblant de sa découverte, le chercheur s’arrête alors, il ne marque pas le regard démoniaque propre à certains pêcheurs trop fiers de leur prise, il découvre ce que son toucher rencontra et reprend ses baisers pour contenter la belle qu’il ne veut effrayer. Puis, comme rassurée s'abandonnant à l'ivresse et la fièvre des caresse, ils goutèrent à leur première nuit ensemble. Il n’est alors plus question de sexe, d’aller "plus loin", seulement d’une étreinte claire et calme. Ils n’iront pas plus loin, ils se découvrent et s’aiment pour la première fois.
Voilà, un lot de sensations, des
mots posés sur des sens sans vouloir ni choquer ni effrayer. Le calme de la jeunesse
se découvrant encore et s’extasiant de sa douceur. Des sentiments tout aussi
purs que ces baisers échangés dans les gares, les parcs et les allées. Une
poignée de secondes qui laissent à la poésie des poèmes entiers, aux romans des
paragraphes additionnés sans que nul ne traduise jamais la passion au demeurant
mais l’impression qu’il ressent de cette dernière. Dire qu’il s’agit d’un autre
serait alors mentir ou faire preuve d’un grand talent car dans la chaleur des
baisers, c’est avant tout de nous que l’on cherche à parler et penser qu’il en
serait autrement dans l’écriture serait se fourvoyer. Ainsi ces lignes sont
elles comme le prolongement des sensations, qu’il s’agisse d’amour ou d’élan
politique l’objectivité ne sera jamais totale et toujours on se complait à
penser que le temps aidant la sagesse permettra de se défaire de ce fait. Pour
ma part je me résigne, en amour tout comme en écriture c’est mon cœur qui se
livre et s’il se tait c’est qu’il n’a pas la volonté de s’ouvrir. Dans ce cas
la chose est assez claire, encore faut il l’accepter. Ainsi, à la rencontre des sentiments c'est tant la passion que l'écriture qui se libèrent, c'est le sens de création qui se livre, s'éveille. L'oublier serait mentir, le tuer serait criminel. C'est pourquoi je ne voulu pas m'empêcher d'écrire ces lignes dont la délicatesse traduit avant tout le respect porté à ce baiser offert, échangé sur les quais puis dans les champs, entre fouilles par deux tendres amants.
Un nouvel été
L’été, saison de la fin d’année, des campagnes qui se suivent. Voilà longtemps que je n’ai gratifié ces pages d’un nouveau billet. J’écris mais plus aux même fins, non pas que l’envie m’en manque mais le temps passant je trouve de moins en moins de temps pour alimenter ces lignes par un flot de mot que je voudrais toujours le plus proche possible de ma pensée. C’est ainsi que j’ai décidé de délaisser à défaut de gangréner ces pages de termes désuets et de proses lassantes. Mais revenons sur ce qui alimenta ces derniers mois.
La grève m’occupa plus d’un temps. Les réformes s’amoncèlent avec le lot d’injures qu’elles contiennent sans que personne ne semble avoir rien à redire quant à ces pratiques. Mais voilà, la classe présumée des penseurs et leur horde d’étudiants font fient de l’ordre établi et osent s’insurger contre la sainte parole étatique. Non pas que nous soyons d’un naturel révolutionnaire, quoi que l’on puisse en penser de derrière l’écran, mais certains aspects autocratique développés dans des textes votés à l’Assemblée ne peuvent qu’aller dans le sens d’un mécontentement grandissant, se traduisant par un soulèvement universitaire. Stigmatisé un temps, ce mouvement dépasse de loin l’entendement simple relayé par les médias voulant voir en ces réactionnaires une troupe de joyeux lurons plus enclin à prendre le soleil hors des salles qu’à revendiquer quoi que ce soit. Vous vous en doutez la médiatisation négative du mouvement ne traduit aucunement une déraison de l’opposition. Si des chercheurs, qui se complaisent habituellement dans des bureaux sombres empoussiérés, ont osé battre le pavé ce n’est pas uniquement dans l’idée de fêter la révolution avec son 220e anniversaire. Non, si des scientifiques ont quitté leurs laboratoires c’est bien que des choses dérangent. A commencer par les textes, à gonfler par le flegme et le manque de tact avec lequel le chef de l’Etat pour ne pas oser dire le Président, traite cette classe qu’il semble juger désuet. Si les penseurs dérangent et font l’objet de moqueries c’est bien qu’ils ont encore un certain pouvoir à relever et à appuyer. N’en déplaise à certains les muets ont aussi le droit de prendre la parole. Après des années à laisser les étudiants passer pour un troupeau de brebis asservit par la gauche, les chercheurs ont enfin prit le pas et comprit l’importance d’une grève. A défaut de gauchiste nous, étudiants, sommes maintenant traités de brebis aliénées par l’enseignement. Qu’importe nous savons bien ce qui nous mena aux manifestations et nous invite dès la rentrée à reprendre du service dans la contestation.
On parlera d’année gâchée, d’année bâclée, de diplômes distribués. Qu’importe nous savons, nous, la réalité de la chose et comprenons bien l’importance de ce semestre non pas sacrifié mais mit à contribution d’une opposition couvée, cachée. J’ai ainsi eu mes examens et ce serait mentir de dire que ces derniers furent simplifiés. Certains enseignants n’hésitèrent pas à faire preuve de sévérité envers ceux qui, loin des contestations mais aussi de l’université avaient préféré fuir non pas par preuve d’opposition au mouvement mais prit de l’envie irrésistible de partir en vacances. Ainsi donc le semestre s’acheva par son lot d’examens. Plutôt préparé, à croire qu’être gréviste ne fait pas forcément foirer une année, je me rendais ainsi à ces écrits et oraux pour achever la licence. J’appris il y a peu que je validais avec ma mention Bien, ratant la supérieure pour quelques égarements du premier semestre. Mais qu’importe l’année s’achève, la licence avec et je me prépare donc maintenant à débuter un mémoire. Etrange de se dire que tout passa si vite. De mon arrivée sur ces bancs à la sortie vers la recherche je n’ai pas vu le temps passer, défilant à la vitesse d’un train lancé à plein poumon. Cependant loin de m’en contenter je me dis que le chemin vers l’archéologie sera encore long. Pour ce qu’il en est du sujet que je convoite je ferai bientôt un billet à ce sujet.
L’été passant, les fouilles font de même. Ainsi suis-je allé à Etiolles pour une fouille riche sur un sol de toute beauté. Le décrire ne vous éveillerait sans doute pas grand plaisir mais je puis vous dire que le spectacle était plaisant pour un fouilleur. Foyer, amas de débitage laminaire, os, coquillage, le tout était réunit pour notre plus grand plaisir. Mais pour l’heure me voilà en vacances à Perpignan. Deux années que je n’étais venu en famille et cela me fait assez étrange. Nous ne sommes plus dans la maison de mon enfance, les paysages ont changé, le temps a passé, les gens ont disparu. Je suis heureux et mélancolique d’être ainsi en ces lieux. A mon retour je retrouverai à nouveau Etiolles pour encadrer cette fois avant de me rendre à Arancou et y fouiller, je l’espère, de l’industrie osseuse. C’est ainsi, à l’ombre des palmiers que mon été se passe, loin des tensions de la fac, des oppositions, mais prêt à élever la voix dès qu’il le faudra. En parlant de voix je continue bien entendu le chant avec le chœur, et j’espère intensifier mon rythme l’an prochain par quelques cours, en plus du théâtre, de la clarinette … autant dire que l’année ne sera pas de tout repos.
Pour l’heure je m’en retourne à la piscine où le soleil semble s’éveiller, lueur chaude et léchant les peaux dans un souci de cuire tout ce qui croiserait son regard. Ici le temps passe sans qu’on ne le lui demande et je me prélasse entre deux récits dans l’idée de mon retour sur Paris. Cela ne me déprime pas comme certains, au contraire tout cela me rapproche d’un rayon qu’il me tarde de retrouver.