Jukun blog

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26 novembre 2008

Qui a peur de l’archéologie ?

" L’archéologie participe de l’enchantement du monde. Par le contact brut qu’elle offre avec des objets enfouis et des civilisations disparues, elle redonne un sens à notre histoire commune, elle nous resitue dans le passé et dans l’avenir. D’où le succès, en France, des visites de chantiers archéologiques, des expositions et des conférences, ou encore des livres et des films qui racontent l’archéologie. Pourtant, cet appétit de connaissances n’a longtemps rencontré qu’un profond désintérêt de la part des responsables politiques, économiques ou encore de l’audio-visuel. Durant les Trente Glorieuses et encore au-delà, des dizaines de milliers de sites de toutes les époques de notre longue histoire – un million d’années – ont été détruits à jamais.

Peu à peu, une archéologie dite « de sauvetage », puis désormais « préventive », s’est mise en place, grâce à l’acharnement désintéressé de la communauté scientifique. C’est ainsi qu’a pu être enfin votée, en 2001, une loi sur l’archéologie préventive, dans le sillage de la convention européenne de Malte sur la préservation du patrimoine archéologique. Cette loi a créé un institut de recherche,  l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), qui compte aujourd’hui environ 2000 archéologues, répartis dans toute la France et qui mènent chaque année plus de 2500 chantiers. Ses résultats sont bien connus du public, par la presse régionale comme par les grands médias nationaux, ou encore par sa politique d’expositions, de colloques et de publications. L’INRAP est une institution d’un type nouveau dont le financement est assuré par une taxe suivant le principe « pollueur payeur »

Pourtant, depuis six années qu’il existe, l’INRAP n’a cessé d’affronter l’hostilité, déclarée ou larvée, d’une partie de la classe politique – indépendamment des préférences partisanes – alors même que les grands aménageurs économiques en ont pris leur parti, répercutant dans leurs prix les coûts de l’archéologie et l’utilisant même au profit d’une image plus « éthique ». Cette hostilité s’est traduite par des questions parlementaires innombrables contestant le bien fondé même de l’archéologie, par des « audits » à répétition quant aux « coûts » des fouilles préventives (0,2 % du budget du BTP en France) et par des modifications de la loi. Le 20 octobre dernier, un amendement sénatorial a encore été déposé pour vider la loi d’une partie de son contenu.

On a créé de force en 2003, par conviction idéologique, un petit secteur d’archéologie privée. Or si la recherche privée appliquée est florissante là où les enjeux économiques sont importants, ceux-ci sont évidemment négligeables en archéologie, et cette privatisation partielle commence à se traduire par une baisse de qualité scientifique – comme il avait été prévu. En contradiction avec ces convictions libérales, on limite autoritairement dans le même temps le nombre des agents de l’INRAP, alors même que les budgets existent, puisque ce sont les aménageurs qui les financent. Ainsi l’INRAP est constamment entravé dans son travail, ses délais s’allongent, et les aménageurs s’en impatientent fort légitimement.

Comme si cela ne suffisait pas, le ministère de la Culture entend maintenant délocaliser en province le siège central de l’INRAP, au prétexte de compenser les effets de la nouvelle carte militaire. Dans un contexte aussi tendu, la désorganisation totale de l’institut, avec les départs afférents, constituerait évidemment un handicap majeur. Non seulement la conduite des fouilles et les délais de réalisation en seraient fortement affectés, mais tout autant la production de connaissance, c’est-à-dire la justification même de l’INRAP, avec les conséquences qu’on peut imaginer. Pour déplacer une centaine d’emplois, on met en danger tout le dispositif encore en construction de l’archéologie préventive en France : le rapport coût/profit est désastreux.

Il est étonnant de constater qu’il s’agit de la seule délocalisation envisagée par le ministère de la Culture, qui dispose d’autres établissements parisiens beaucoup plus anciens, qui n’ont pas à gérer d’aussi près l’ensemble du territoire national et dont la délocalisation ne menacerait pas l’équilibre. Pourquoi donc l’INRAP ? On ne saurait écarter l’idée que le Ministère de la culture tolère mal l’existence d’un établissement public autonome qui, comme le Centre National du Cinéma, tire ses ressources d’une taxe plus que de l’impôt. L’archéologie  est par nature à la fois un enjeu patrimonial et un enjeu scientifique. Le ministère de la Culture semble n’être sensible qu’à cette dimension patrimoniale. Or l’archéologie, comme toute autre science humaine, relève de la recherche  et cette dimension semble négligée par les décideurs culturels. En fragilisant l’INRAP le Ministère de la culture menace l’équilibre et le développement de l’archéologie en France.

Face à la crise et à la mondialisation, l’Europe peine à se trouver et les Etats nationaux ont du mal à assumer leurs nouveaux rôles. Le passé est pourtant un élément central d’une culture citoyenne. Là où il est protégé efficacement comme en Scandinavie les sociétés sont plus ouvertes et plus stables Par quel paradoxe ceux qui ont la charge de défendre les vestiges en constante érosion de ce passé commun, s’emploient-ils à dénigrer ou, au mieux, à ignorer le travail inlassable des archéologues et de l’archéologie ? Faut-il rappeler une fois de plus la belle phrase de Montalembert, catholique libéral et pair de France, qui s’en prenait au vandalisme de l’administration : « La mémoire du passé ne devient importune que lorsque la conscience du présent est honteuse » ? "

Jean-Paul Demoule, professeur des universités et ancien président de l’INRAP

Maurice Godelier, directeur d’étude à l’EHESS et ancien directeur des sciences de l’Homme et de la Société au CNRS

Alain Schnapp, professeur des universités et ancien directeur de l’Institut national d’histoire de l’art

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09 novembre 2008

Concerto pour violoncelle - Guillaume Connesson

Tout comme une histoire savamment contée, ce concerto pour violoncelle de Guillaume Connesson captive, nous plongeant tout à tour dans la peur avant de nous laisser le temps d’esquisser un sourire.

La tension est totale dans ce premier mouvement teinté de chocs minéraux violent qui préfigurent l’entrée théâtrale, d’une grande souffrance, du soliste annoncé. Le violoncelle perce, hurle, se déchire en quelques notes avant de s’ouvrir dans une mélodie puissante se limitant à l’intelligence d’une musique épurée de notes qui ne plonge pas dans un lyrisme dramatique forçant le pathos. Les attaques sont brèves mais perspicaces à la manière de ces éléments qui crèvent le ciel pour s’écraser et ne laisser à nos oreilles que le silence propice d’une nature dévastée offrant ce que le compositeur définit comme « un paysage lunaire et ascétique » dont la violence et les chocs offrent une image retenant le public dans une attente totale.

L’accélération ouvrant sur le second mouvement, le chef s’agitant tandis que le soliste fait corps avec son instrument qui semble lui causer bien des souffrances, rendent plus que tout visible et non pas uniquement audible la tensions sous-jacente qui inonde la partition. Ce qui s’entrechoquait en minéralité se laisse aller à un thème liquide englobant l’orchestre qui se laisse plonger jusque vers des fonds lourdement dramatique qui entraînent le violoncelle à exprimer sa crainte, celle de la tension dramatique qui le retenait dans le premier mouvement. La composition est savant alors que les éléments se répondent, ce liquide impalpable ne nous ayant jamais semblé tant préhensible qu’en ces instants rythmés à souhait. Une pause se fait alors, un silence s’élève. Le public sait que l’œuvre n’est pas achevée et, bien qu’expressif, attend le dénouement de ce conte dévastateur qui lui est présenté dans un climat d’une tension palpable qui, quittant les instruments gagne un public haletant.

Le chef bondit, la seconde partie de l’œuvre débute. La première note raisonnant on est comme sonné par le contraste saisissant qui nous est offert. Le troisième mouvement s’engage dans une sorte d’Eden sublime, chantant, doux et paisible que Connesson appela « paradisiaque » dans une logique totale. Les vents sifflent gaiement tandis que les percussions rythment la mélodie lumineuse offerte au violoncelle qui se laisse gagner par cette luminosité soudaine ponctuée d’un air à la fraîcheur bienfaitrice. La « cadence » du quatrième mouvement coupe nette avec le calme retrouvé. Dans un dialogue intérieur perturbé, le violoncelle, soutenu par les songes et les dires de l’orgue de verre, se laisse gagner par un pizzicati convulsionnel qui emporte le soliste, le gagnant tout comme une irritation profonde ponctuée, attaquant les cordes, arrachant les notes comme pour rappeler la tension première et centrale qui nourrit l’œuvre et dont le dénouement découle entier.

S’engage l’ultime mouvement, un rappel des évènements et des enchaînements qui rappelleront pour beaucoup certaines compositions de Malher ou de Chostakovitch, soutenu par une joie soudaine et festive, celle d’une belle composition menée à sa fin dans une danse folle qui offre aux visage tendus la joie d’un sourire finale. L’œuvre présentée nous transporta, luttant contre un temps que l’on ne vit passer. Quand la musique tue le temps nous avons à faire à un bonheur délicat.

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Avons nous vécu un moment historique?

Il existe quelques rares instants ou l’homme pense, en toute conscience à tort ou non, vivre un moment historique. Le 11 Septembre 2001 fut vécu comme l’entrée fracassante et tragique de l’homme dans le XXIe siècle, ce 5 Novembre 2008 (qui sera suivit du 20 Janvier 2009) peut être pensé comme un tournant majeur dans notre histoire contemporaine, date qui prendra sans nul doute place dans les manuels scolaires et méritera une fine analyse dans les années à venir par les économistes, historiens et sociologues. Je ne sais hélas ce que l’on peut attendre de la victoire démocrate et je ne me risquerai pas à donner une analyse, n’ayant pas les données et les armes pour me risquer à un tel exercice de style. Alors que la carte électorale bascule ne nous leurrons pas à penser un avenir brillant, et faisons preuve de précautions quant à l’idée que nous pourrions avoir d’un système politique que je pense trop différent pour que l’on se plonge dedans sans mieux se documenter et comprendre ce dernier.

Ce dont on peut rendre compte, cependant, sans mal c’est l’état dans lequel Obama trouvera le bureau ovale le 20 janvier prochain. Une Amérique diminuée au centre d’une crise financière  internationale. Un pays encore trop présent sur les sols militarisés, point sur lequel il faudra se montrer prudent quant au retrait des troupes qui, bien qu’il doive se faire, ne pourra éclater de manière trop brutale et trop soudaine. Il faudra réformer les rouages d’une politique jugée trop capitaliste et pas assez socialiste, bien que ce terme effraie plus encore que la gangrène les foyers américains. La retraite, la sécurité sociale, les assurances, les prêts, l’écologie … ce pays semble en pleine construction tant le travail à entreprendre semble colossal. Mais si le désormais célèbre « Yes we can ! » est mis en pratique, alors l’on devrait observer une mutation qui devrait entraîner une révolution du climat international. Pour une fois l’histoire semble présenter une once d’espoir après la présidence jugée désastreuse de Bush junior. Mais devons nous vraiment attendre des changements radicaux ?

En réalité, hélas, la seule chose qui soit à craindre demeure l’extrémisme ambiant du nouveau monde. Dans un pays ou l’abstinence, ou encore le créationnisme sont encore enseignés dans les écoles. A l’heure ou dans trop d’états le port de l’arme est réglementé et accepté. Dans une ère ou la violence, les massacres en milieu universitaire ne sont que des faits divers. Là où personne ne semble avoir honte de prendre part à la ligue blanche et de le revendiquer, je crois que le danger premier, plus encore que le terrorisme extérieur demeure l’extrémisme intérieur. Mettre fin à tout cela ne sera lié que à quelques décisions mais Obama en aura-t-il la force et trouvera t il le soutien au Sénat ou à la Chambre ? Si le candidat élu parvient au bureau ovale, car la réside un autre problème avec les menaces qui pèsent à son égard, espérons que sa politique sera vraiment révolutionnaire. A l’heure ou beaucoup pensent que le président connaîtra un destin tragique, alors que bien des américains me disaient il y a quelques mois « il sera tué, cela est triste mais l’Amérique est comme cela », gageons que l’histoire soit imprévisible et que personne ne puisse l’écrire par avance. Messieurs les biographes, ne rédigez pas trop tôt le dernier paragraphe de la vie d’un président qui a bien à faire. A bon entendeur !

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05 novembre 2008

Cette nuit j'ai observé l'histoire

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04 novembre 2008

Yes we can (or not?)

Si Bush disait, sans modestie, « nous sommes bon », il y a de cela quelques années, force est de constater que l’Amérique qu’il prit en main a bien changé, connaissant une véritable mutation, oserais-je dire révolution, l’on constate le passage d’une Amérique emplie de certitudes qui, endeuillée par le 11 Septembre 2001, se trouve à ce jour ébranlée dans une chasse aux chimères qui l’a détruisit. Karl Rove n’aura sans doute pas la joie de voir sa couleur politique se perpétuer, tout comme il en a déjà bien conscience. Si le New York Times juge la présidence de Bush comme la pire de l’histoire américaine, ce n’est pas pour rien. En pas moins de deux mandats, c’est une Amérique à l’économie branlante, en pleine crise sociale et politique que Bush laissera à son successeur quel que soit ce dernier. Entre crise du Subprime et crise économique, l’Amérique est à ce jour sous els projecteurs d’un monde retenant son souffle et qui serait prêt, s’il le pouvait, à voter ce jour.

L’Amérique n’aura sans doute jamais été autant divisée politiquement et donc idéologiquement. La guerre fatigue ces patriotes qui, comme leurs lointains cousins européens, ne croient plus aux discours bien rédigés que récitent leurs politiques. Mais attention, contrairement à nous, cela ne remet aucunement en question le sentiment patriotique virulent qui les habite. Dans un pays qui ne trouve comme opposition à Obama que quelques éléments futiles, le renouveau semble pouvoir faire face. Quand on dit que Obama est musulman, bien qu’il ne le soit pas plus que Joe the Plumber, ou encore que ce dernier nourrit une idée marxiste profonde, l’opposition semble branlante et avoir bien peu d’armes idéologiques. C’est cette absence formelle d’idées à opposer qui permit au candidat « noir » de réaliser une véritable ascension dans l’échelle politique américaine. Mais ne jugeons pas, notre opposition n’est pas plus intelligente au fond.

Maintenant que dire quant à l’avenir de l’Amérique ? Que peut on espérer pour que ce pays se relève et cesse de s’enliser dans ce bourbier profond dans lequel il entraîne le monde entier ? Je ne pense pas que la réponse soit immédiate mais gageons que l’Amérique saura changer de cap et naviguer autrement dans les prochaines années. Le vote ne sera qu’un premier pas en avant qui précèdera une révolution, une réforme violente des rouages de ce pays qui ont l’âge de la politique en cours. Voyons maintenant si les américains feront preuve de ce désir de changement. Affaire à suivre …

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02 novembre 2008

Edward aux mains d'argent

Dans un théâtre transpirant les chefs d’œuvres des saisons passées – notons le divin West Side Story dont nous avions parlé l’an dernier – Edward aux mains d’argent s’annonçait comme un des points culminant d’un saison à la programmation riche et, en effet, nous sortons transporté de cet évènement, véritable point d’orgue de cette fin d’année au théâtre du Châtelet. Sous le lustre chatoyant, alors que les balcons se remplissent et que la corbeille se gonfle, le public est bien au rendez vous pour cette création de Matthew Bourne. Comme toujours, avec ce chorégraphe, la production ne prit que trop de temps à traverser la Manche, le tout Paris boudant, dans une continuité somme toute historique, le témoignage d’un sens artistique profond offert par l’île monarchiste située à quelques heures de notre capitale. Il avait fallut attendre près de dix ans pour voir le Swan Lake mettant en scène des cygnes dansés par des hommes à la force et à la délicatesse sublime. Mogadord avait alors fait rentrer en son sein un ballet historique que le monde entier s’était arraché avant qu’il ne vienne s’échouer sur ces planches comme par fatalité. Heureusement nous n’eûmes pas à attendre aussi longtemps pour Edward, mais bien d’autres productions de Bourne se heurtent à ce bras de mer qui nous sépare et nous oppose. Alors que le monde entier s’arrache les mises en scène de Bourne, de Tokyo à Washington, la France, elle, continue à croire en son hégémonie de l’art, à tort reconnaissons le.

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Le premier acte qui nous est offert se trouve dans la lignée de ce à quoi Bourne nous habitue avec un décor savamment planté, une situation intelligemment présentée, des personnages haut en couleur brillamment marqués, le tout sur un font d’humour et de délicatesse propre au talent anglais. La musique nourrit une trame bien pensée qui rend hommage au chef d’œuvre poétique de ce conte moderne sans trahir l’idée première de Burton, ni dénaturer la partition sublime de Danny Elfman. Alors que la ville s’éveille, la brutalité de ce métal froid, qui se reflète en cette lune mourante, est contrastée par la bienveillance – somme toute relative – de ces citadins au regard interrogateur, emplie de curiosité et teinté d’une once de peur qui les fera basculer avec la levée du second acte dans une vision tragique d’inquisiteurs. La peur de l’autre est caressée du doigt, sans condamner ceux qui en sont la cause. C’est ainsi que l’on sombre dans un rêve sublimé par la danse liant Edward à Kim dans une poésie accordant à North (qui campe un Edward qui n’a rien à envier à celui de Depp) de perdre pour un temps ses lourds ciseaux d’argent.

Mais, alors que le rideau se lève pour le second acte, c’est un Edward isolé, confronté à une haine grandissante qui nous sera révélé. Un personnage incompris si ce n’est pas cette jolie blonde qu’il sert avec délicatesse, apprenant peu à peu à se défaire de ces gants de fer. Mais ses ciseaux ne le quitteront plus désormais, le danseur fendant dans l’air malgré ces poids qui rendent chaque pas plus difficile encore, sans entamer bien au contraire la qualité de ces derniers. Et, alors que la neige tombe, que le retournement est total, Edward nous fuit poursuivit par la peur d’une incompréhension trop humaine à notre goût. La fin est connue, les flocons s’écrasent sur la douleur d’une mère ayant perdu trop tôt un fils, tandis que le public regrette déjà celui qui lui offrit tant de poésie. Le salut est à la hauteur de l’émotion alors que les larmes perlent, que la neige s’abat, le spectacle est achevé dans une délicatesse totale tout comme ce dernier avait débuté. Et, alors que la boîte à musique se ferme, que les notes se taisent, que le rideau tombe légèrement, le public se disperse encore embrumé par cette histoire qui vient de lui être contée dans un lyrisme qui n’est pas sans rappeler un cygne mourrant qui l’avait déjà bouleversé il y a de cela quelques années.

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La partition n’est pas trahie, ce qui obligea à quelques raccourcis sans pour autant entamer ce conte d’un Burton génialement retranscrit par un Burne au regard profond et délicat. Cette neige se laissant tomber le long des ciseaux d’argent qui fleurissent le plafond, on se demande bien comment un tel chorégraphe peut demeurer inconnu, ou tout du moins méconnu en ces théâtres français qui aiment à laisser penser la qualité de leur programmation tout en en occultant les production anglo-saxonnes. Les sièges occupés sont pourtant la preuve d’un public à l’écoute de ces productions anglaises de qualité dans ce pays de Molière qui semble vouloir nous habituer à une certaine médiocrité de productions sans poésie et sans charme. Gageons qu’un tel succès serve de leçon.

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