Jukun blog

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09 novembre 2008

Concerto pour violoncelle - Guillaume Connesson

Tout comme une histoire savamment contée, ce concerto pour violoncelle de Guillaume Connesson captive, nous plongeant tout à tour dans la peur avant de nous laisser le temps d’esquisser un sourire.

La tension est totale dans ce premier mouvement teinté de chocs minéraux violent qui préfigurent l’entrée théâtrale, d’une grande souffrance, du soliste annoncé. Le violoncelle perce, hurle, se déchire en quelques notes avant de s’ouvrir dans une mélodie puissante se limitant à l’intelligence d’une musique épurée de notes qui ne plonge pas dans un lyrisme dramatique forçant le pathos. Les attaques sont brèves mais perspicaces à la manière de ces éléments qui crèvent le ciel pour s’écraser et ne laisser à nos oreilles que le silence propice d’une nature dévastée offrant ce que le compositeur définit comme « un paysage lunaire et ascétique » dont la violence et les chocs offrent une image retenant le public dans une attente totale.

L’accélération ouvrant sur le second mouvement, le chef s’agitant tandis que le soliste fait corps avec son instrument qui semble lui causer bien des souffrances, rendent plus que tout visible et non pas uniquement audible la tensions sous-jacente qui inonde la partition. Ce qui s’entrechoquait en minéralité se laisse aller à un thème liquide englobant l’orchestre qui se laisse plonger jusque vers des fonds lourdement dramatique qui entraînent le violoncelle à exprimer sa crainte, celle de la tension dramatique qui le retenait dans le premier mouvement. La composition est savant alors que les éléments se répondent, ce liquide impalpable ne nous ayant jamais semblé tant préhensible qu’en ces instants rythmés à souhait. Une pause se fait alors, un silence s’élève. Le public sait que l’œuvre n’est pas achevée et, bien qu’expressif, attend le dénouement de ce conte dévastateur qui lui est présenté dans un climat d’une tension palpable qui, quittant les instruments gagne un public haletant.

Le chef bondit, la seconde partie de l’œuvre débute. La première note raisonnant on est comme sonné par le contraste saisissant qui nous est offert. Le troisième mouvement s’engage dans une sorte d’Eden sublime, chantant, doux et paisible que Connesson appela « paradisiaque » dans une logique totale. Les vents sifflent gaiement tandis que les percussions rythment la mélodie lumineuse offerte au violoncelle qui se laisse gagner par cette luminosité soudaine ponctuée d’un air à la fraîcheur bienfaitrice. La « cadence » du quatrième mouvement coupe nette avec le calme retrouvé. Dans un dialogue intérieur perturbé, le violoncelle, soutenu par les songes et les dires de l’orgue de verre, se laisse gagner par un pizzicati convulsionnel qui emporte le soliste, le gagnant tout comme une irritation profonde ponctuée, attaquant les cordes, arrachant les notes comme pour rappeler la tension première et centrale qui nourrit l’œuvre et dont le dénouement découle entier.

S’engage l’ultime mouvement, un rappel des évènements et des enchaînements qui rappelleront pour beaucoup certaines compositions de Malher ou de Chostakovitch, soutenu par une joie soudaine et festive, celle d’une belle composition menée à sa fin dans une danse folle qui offre aux visage tendus la joie d’un sourire finale. L’œuvre présentée nous transporta, luttant contre un temps que l’on ne vit passer. Quand la musique tue le temps nous avons à faire à un bonheur délicat.

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