02 novembre 2008
Edward aux mains d'argent
Dans un théâtre transpirant les chefs d’œuvres des saisons passées – notons le divin West Side Story dont nous avions parlé l’an dernier – Edward aux mains d’argent s’annonçait comme un des points culminant d’un saison à la programmation riche et, en effet, nous sortons transporté de cet évènement, véritable point d’orgue de cette fin d’année au théâtre du Châtelet. Sous le lustre chatoyant, alors que les balcons se remplissent et que la corbeille se gonfle, le public est bien au rendez vous pour cette création de Matthew Bourne. Comme toujours, avec ce chorégraphe, la production ne prit que trop de temps à traverser la Manche, le tout Paris boudant, dans une continuité somme toute historique, le témoignage d’un sens artistique profond offert par l’île monarchiste située à quelques heures de notre capitale. Il avait fallut attendre près de dix ans pour voir le Swan Lake mettant en scène des cygnes dansés par des hommes à la force et à la délicatesse sublime. Mogadord avait alors fait rentrer en son sein un ballet historique que le monde entier s’était arraché avant qu’il ne vienne s’échouer sur ces planches comme par fatalité. Heureusement nous n’eûmes pas à attendre aussi longtemps pour Edward, mais bien d’autres productions de Bourne se heurtent à ce bras de mer qui nous sépare et nous oppose. Alors que le monde entier s’arrache les mises en scène de Bourne, de Tokyo à Washington, la France, elle, continue à croire en son hégémonie de l’art, à tort reconnaissons le.
Le premier acte qui nous est offert se trouve dans la lignée de ce à quoi Bourne nous habitue avec un décor savamment planté, une situation intelligemment présentée, des personnages haut en couleur brillamment marqués, le tout sur un font d’humour et de délicatesse propre au talent anglais. La musique nourrit une trame bien pensée qui rend hommage au chef d’œuvre poétique de ce conte moderne sans trahir l’idée première de Burton, ni dénaturer la partition sublime de Danny Elfman. Alors que la ville s’éveille, la brutalité de ce métal froid, qui se reflète en cette lune mourante, est contrastée par la bienveillance – somme toute relative – de ces citadins au regard interrogateur, emplie de curiosité et teinté d’une once de peur qui les fera basculer avec la levée du second acte dans une vision tragique d’inquisiteurs. La peur de l’autre est caressée du doigt, sans condamner ceux qui en sont la cause. C’est ainsi que l’on sombre dans un rêve sublimé par la danse liant Edward à Kim dans une poésie accordant à North (qui campe un Edward qui n’a rien à envier à celui de Depp) de perdre pour un temps ses lourds ciseaux d’argent.
Mais, alors que le rideau se lève pour le second acte, c’est un Edward isolé, confronté à une haine grandissante qui nous sera révélé. Un personnage incompris si ce n’est pas cette jolie blonde qu’il sert avec délicatesse, apprenant peu à peu à se défaire de ces gants de fer. Mais ses ciseaux ne le quitteront plus désormais, le danseur fendant dans l’air malgré ces poids qui rendent chaque pas plus difficile encore, sans entamer bien au contraire la qualité de ces derniers. Et, alors que la neige tombe, que le retournement est total, Edward nous fuit poursuivit par la peur d’une incompréhension trop humaine à notre goût. La fin est connue, les flocons s’écrasent sur la douleur d’une mère ayant perdu trop tôt un fils, tandis que le public regrette déjà celui qui lui offrit tant de poésie. Le salut est à la hauteur de l’émotion alors que les larmes perlent, que la neige s’abat, le spectacle est achevé dans une délicatesse totale tout comme ce dernier avait débuté. Et, alors que la boîte à musique se ferme, que les notes se taisent, que le rideau tombe légèrement, le public se disperse encore embrumé par cette histoire qui vient de lui être contée dans un lyrisme qui n’est pas sans rappeler un cygne mourrant qui l’avait déjà bouleversé il y a de cela quelques années.
La partition n’est pas trahie, ce qui obligea à quelques raccourcis sans pour autant entamer ce conte d’un Burton génialement retranscrit par un Burne au regard profond et délicat. Cette neige se laissant tomber le long des ciseaux d’argent qui fleurissent le plafond, on se demande bien comment un tel chorégraphe peut demeurer inconnu, ou tout du moins méconnu en ces théâtres français qui aiment à laisser penser la qualité de leur programmation tout en en occultant les production anglo-saxonnes. Les sièges occupés sont pourtant la preuve d’un public à l’écoute de ces productions anglaises de qualité dans ce pays de Molière qui semble vouloir nous habituer à une certaine médiocrité de productions sans poésie et sans charme. Gageons qu’un tel succès serve de leçon.
Commentaires
Hum, j'approuve ! (Non mais si je me lance dans une critique moi aussi, je vais avoir l'air d'un con tant la tienne est bien écrite). Si je l'avais vu quelques jours plus tôt, j'aurais tout fait pour y retourner une deuxième fois...
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