Jukun blog

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27 juin 2008

Arcy sur Cure - Grotte du bison

L’orage claque dans le ciel, la pluie tombe drue sur le sol séché ces jours derniers en ces terres de bourgogne foulées des siècles durant de part et d’autre du territoire. Le temps passe bien vite sur cette fouille et les jours se précipitent à toute allure, s’écoulant à la vitesse de cet éclair qui, perçant le ciel, arrache un son d’agonie à la voûte étoilée en ce soir de début d’été. La pièce est désertée, les archéologues partagent un repas chez monsieur le comte tandis que nous passons le temps à parler du site, des découvertes réalisées, des éléments trouvés alors que certains entament un somme convoité et attendu durant cette journée. Nos rêves sont tous doux et nos nuits profondes pensant à l’animal fouillé, aux éléments espérés la journée durant. Le violon se tait ces derniers jours et son propriétaire ne fait plus glisser son archet comme il le fit la première semaine durant. Les liens se créent, les animosités s’estompent et chacun s’ignore pour éviter la moindre étincelle, bien que les oppositions demeurent rares en ce monde civilisé et entraîné, de par les expériences, à la vie en communauté. 

Les champs se balancent, les épis sont fouettés par les éclairs, ballottés par le nuage de pluie qui les inonde, les arrose avec une violence toute relative. Le silo de la sortie du village de Chevroches doit se voir approché par les éclats de feu qui tombent à proximité en ces champs désolés nous laissant voir à perte de vue. Le temps passe, les jours s’additionnent, les semaines se tassent sans que l’on ne puisse ne rien y faire. L’absence, l’éloignement nous semble cependant parfois quelque peu pesant mais c’est ainsi et nous ne pouvons que nous y plier, nous y faire et l’accepter. Voir la famille, les amis, un être aimé nous apparaît un luxe sublime alors que les fouilles s’enchaînent et que l’idée de ne pas les voir pendant une longue durée se fait ressentir. Nous ne sommes pas tant à plaindre que ces bons néandertaliens qui croisèrent des hyènes géantes et féroces en ces grottes, mais cette souffrance est aussi importante. Enfin nous survivons cependant, habitués ou tachant de l’être au fur du temps. L’idée de continuer par l’accueil des américains m’enchante par ailleurs, la possibilité d’offrir une visite de notre ville, une présentation de mon pays me plait plus que tout, sans parler de la suite qui me mènera en ce continent que j’aime tant. Comme toujours le plus difficile sera de laisser ceux que j’ai rencontré, les américains et gens venus du monde entier, les françaises, notre breton. On a une tendance importante à se lier assez vite avec ceux qui partagent notre quotidien durant ces semaines, même ceux qui ont si peu de points communs avec nous même. La promiscuité rapproche les gens et les fait se lier d’une amitié qui ne perdure pas tout le temps hors du chantier.

Mais que dire, que pouvoir dévoiler sur la nature même des découvertes réalisées sans ennuyer le lecteur plus emprunt à écouter ragots et histoires que descriptions de mètres fouillées et d’artefacts. Qu’importe la chose est obligatoire, la description du terrain l’étant de même. La pluie s’accélère alors même que je compte faire part de ce site et des éléments qui en jonchent le sol. Il s’agit ainsi d’une ancienne grotte effondrée nous livrant des os de gros mammifères dans un bon état de conservation compte tenu de la période ancienne du niveau, de nature moustérienne (paléolithique moyen). Le métapode de cheval caresse le sédiment accolé à un bois de renne qui se couche fièrement offert à tous, non loin du mammouth s’élève et du bison se plante dans la terre, entre deux roches d’un plafond effondré, nous forçant à épouser les variations pour dégager les éléments que nous avons à étudier. Bien des os rongés, digérés, des coprolithes même, nous poussent à nous interroger sur la présence de hyènes de taille importante en cette grotte. La question demeure donc à soulever et à résoudre : qui de l’homme ou de la hyène mangea l’autre ? Voilà une question qui demeure ouverte et à laquelle quelques éléments pourraient aider à répondre, bien que la chose demeure floue à ce jour.

La Cure s’écoule quant à elle curieuse de nous voir ainsi fouiller ces vallées qu’elle traversa des millénaires durant. Nous voyons les groupes passer, les kayaks s’écouler tandis que nous fouillons et tamisons. La dernière semaine sera réservée au démontage et au nettoyage des os, nous permettant ainsi de voir de plus prêt des éléments que nous avons regardé avec gourmandise durant toute cette fouille, le temps de la campagne. La frustration sera grande de ne pouvoir plus fouiller mais certains éléments nous donnent espoir pour les saisons prochaines et donnent envie à bien des gens de venir à nouveau pour fouiller et chercher ce qui pourrait nous aider à avancer sur la problématique initiale. La grotte du bison et la grotte voisine du Renne avaient été fossilisées par un talus d’éboulis, la grotte en elle-même du bison de ne fait que deux mètres de larges sur cinq de long, l’extrémité étant fermée par un éboulis datant du moustérien. Il faut dire par ailleurs que ce site est voisin de la grotte fouillée en partie par Leroi Gourhan qui, en 1963, découvrant Pincevent et ses suites logiques planimétriques, préféra la déserter pour la laisser à ceux qui suivraient. Nous continuons ainsi un travail dans la plus pure tradition de cet illustre individu que je poursuis tel un spectre passé d’un site à un autre. Les éléments lithiques sont ici rares et bien éloignés de ce qu’il m’avait été de fouiller à ce jour. L’intérêt sera donc d’avantage porté sur les éléments fauniques trouvés sur le sol à l’intérieur de la grotte et sur le comblement passé lors du remplissage par écroulement et sédimentation. Sans compter la saison de cette année les restes fauniques se répartissent de la manière suivante : 33,79% de renne, 29,34% de cheval, 8,69% de hyène, 6,94% de renard, 6,75% d’ours, 5,79% de bison/aurochs, 3,09 de loup, 1,64% e mammouth, 1,15% de lièvre, 0,96% de cerf, 0,58% de chamois et 0,38% de rhinocéros et de marmotte.      

Ce site est vraiment sublime et je n’ai pas fini de vous en parler, vous ne serez pas déçu mais il faudra me laisser du temps pour cela.

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20 juin 2008

Fouille Etiolles (2-15 juin 2008)

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L’an dernier je n’avais pas eu le temps de rédiger un article digne quant au site magdalénien d’Etiolles (proche d’Evry en Essonne), voilà que je m’apprête donc à réparer cette faute ignoble et inqualifiable. Avant toute chose je suis obligé de présenter rapidement, sans me perdre dans des détails qui vous ennuieraient plus que tout, ce site sublime et bien connu de ceux qui se penchent sur la préhistoire. Nous sommes donc sur un gisement magdalénien posé sur le limon de la plaine alluviale qui jouxte la Seine (selon le même principe que Pincevent). Cet habitat de plein air se tenait ainsi non loin du fleuve et sur les berges d’un petit affluent ce qui explique un pendage important avec une implantation de plein air sur la rive. Mais ce qui rendit ce site si connu fut avant tout le sublime du débitage laminaire avec des amas de débitage et des lames qui défient celles que l’on trouve à la même période par leur qualité et leur taille (30 à 40 centimètres en moyenne). Au tout début, aucun d'entre nous ne pouvait se douter de l'intérêt de cette découverte, raconte Monique Olive qui a pris en 1997 la responsabilité du site. Et certainement pas de l'existence, sous ce tas de silex, d'autant de campements préhistoriques, étalés sur des centaines de mètres carrés. Un site d'une telle richesse qu'il jouit désormais d'une renommée mondiale. » Ce site est ainsi imposant par son histoire et sa richesse.

L’an dernier je m’y étais rendu comme sur un chantier école, un peu comme un rite de passage pour appréhender la préhistoire magdalénienne tout comme à Pincevent. Cette année c’était bien plus pour suivre la suite de la fouille et revoir des gens que j’avais apprécié par leur travail et leur aspect humain. Me voilà donc à nouveau sur ce site sur lequel je m’attends à trouver moulte silex. Cependant, une fois n’est pas coutume, nous avons principalement trouvé des os de renne, enfin un sol, un niveau cohérent quoi qu’il nécessite bien des études pour être compris dans son ensemble. Quelques silex crachaient cependant à proximité des mandibules, scapula et d’autres os sublimes que je pris grand plaisir à fouiller. Nous sommes là bien loin de l’image d’un Indiana Jones mais entre deux brouettes et deux découvertes je goûte au plaisir de l’archéologie donc je ne me lasse pas ce qui est très bon signe. Ce site livre ainsi enfin de l’os même si nous sommes bien loin de l’état de conservation de sites contemporains, cependant cela est un bon début et d’un grand intérêt pour l’étude à venir du sol fouillé. Surtout je ne serai comment définir la joie, l’explosion de sentiments alors que vous avez un os, une dent qui sort et se révèle. On peut parfois passer la journée, voir plus, à le révéler mais alors qu’il est net, calme, reposé délicatement sur le substrat, alors on voit avec plaisir le travail accomplit. D’autre part nous avons profité de cette saison pour ouvrir une autre zone de l’autre côté du ruisseau pour trouver des silex patinés, trop mouvementés par les inondations mais surtout les labours modernes et contemporaines. Le site est cependant important et a livré bien des informations pour voir le développement du campement de part et d’autre avec possible contemporanéité des deux unités excavées.

La découverte ! Sur un bloc de calcaire, un cheval dessiné et une énigmatique créature mi-humaine, mi-animale. Une oeuvre d'art datée de 12 300 ans. © Gilles Tosello

Bien entendu comme toute bonne fouille celle-ci s’est soldée par un lot de rencontres que je ne peux oublier, sans parler de l’inquiétude (et des rires) alors que nous voyons l’une des notre piquée par un moustique et gonflant tant au visage qu’il fallut lui injecter de la cortisone … et oui l’archéologie en ile de France peut parfois être un réel danger. Enfin, bien qu’il y ait peu de chance qu’elles lisent ces lignes, c’est avec plaisir que j’ai vu Isabelle à nouveau et découvert Claire et son sourire renouvelé … bien qu’il faille qu’elle le quitte pour s’imposer et faire peur aux jeunes fouilleurs. Une chose est certaine, il faudra encore me souffrir l’an prochain sur le terrain et le soir pour revoir ma Yvette et boire avec Marianne (mais pas au Calvados …). Sur ce je vous laisse à nouveau un temps étant en ce moment bien loin d’Etiolles et de ses 13 000 ans, me trouvant à Arcy sur Cure en plein homme de Neandertal durant le moustérien (300 000 à 30 000 mais ici plutôt 60 000 à 40 000 BP) entre des hyènes, des mammouths, des ours, bisons, bref une faune bien différente de celle des sites du bassin parisien, en grotte pour changer et découvrir de nouvelles techniques et ainsi de nouveaux archéologues (on doit parler anglais sur ce site car l’équipe est internationale avec pas mal d’américains … et ça c’est bien).

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