Jukun blog

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25 mai 2008

Au fil du Nil

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J’ai laissé mon récit au milieu de ces vacances sans plus avancer, mais entre deux révisions je m’autorise une pause et vais enfin vous parler de ce pays sublime qu’est l’Egypte. Bien entendu je ne pourrai faire une explication de toutes ces choses que j’ai contemplé mais je tacherai de faire part de ce qui m’a le plus touché. C’était pour moi un premier voyage au Club Med, mais point de malaise je ne faisais qu’y dormir visitant dès le matin à des heures auxquelles je n’ai pas habitude de me lever en semaine. Ce que je retiens est avant tout un aspect quelque peu pompeux de certaines personnes, au brushing tout droit sorti de Desperate Housewives. Mais heureusement certaines personnes humaines ont aussi leurs habitudes en ce lieu, nous n’étions donc pas trop mal à l’aise, même si il m’arrivait de vouloir leur enseigner le sens même de la simplicité. J’ai même eu la chance de rencontrer une demoiselle que l’on pourrait qualifier de nymphomane, bref le Club est une grande famille en effet …

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Le Nil coulait en contre bas, le soir je le passais à contempler ce fleuve vecteur de vie et d’une des plus belle civilisation dont les traces nous soient restées. Le bruit des bateaux qui fendent l’eau nous rappelle cependant bien vite à la réalité d’une vie qui n’est plus si paisible qu’elle le devrait. En face, sur la rive ouest, la vallée rocheuse se dresse, protégeant en son sein les tombes des rois, reines, nobles et artisans que tout un chacun connaissent. Ce pic calcaire ressemble à un décor de cinéma avec des puits, boyaux creusés pour créer des cavités richement décorées. Je contemplais enfin ce qui me poussa plus jeune à mes études et j’étais comme un enfant, refusant de sortir, la larme à l’œil quand le gardien de la tombe éteignait la lumière dans l’attente d’un bakshish en échange de ce bien précieux pour pouvoir profiter des détails des panneaux. Mais alors que je voyais ces tombes je ne savais que j’allais m’emporter, tomber de ce nuage pour retrouver l’aspect vil de l’homme qui ne cherche qu’à gagner sans se soucier de détruire aucunement. Ainsi, alors que nous faisions un arrêt dans une boutique de bord de route, comme il est d’usage dans ces visites, je m’approchais d’un objet que je voyais en arrière boutique. La finesse de ce dernier m’interloqua et son aspect troué, pour une planchette funéraire associée à un masque me poussa à parler à un vendeur. Ce dernier me mena directement vers son patron qui, seul, était autorisé à vendre et discuter de pareil objet. Le masque était de taille modeste, les couleurs étaient un peu passées mais la finesse du trait, le matériau sculpté avec soin ne laissaient aucun doute, je me trouvais face au produit d’un pillage. Je ne voulais cependant pas effrayer mon interlocuteur et lui posais donc des questions, il se rendit alors vite compte que je connaissais quelque peu le sujet et me sortis des oushebtis. Aucun doute nous n’étions alors plus face à des reproductions pour touriste, les éléments étant cassés et de toute façon absent des listes d’objets qu’achètent les touristes à ma connaissance. Le ton monta, je m’emportais et lui faisais part de mes études. Vexé l’homme rangea tout au plus vite et me chassa. Le trafic est toujours vif et la chose me peina plus que tout et, combien même la beauté de ce que je verrai par la suite m’apaisait, je ne l’oubliais pas au cours de ce séjour.

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Les temples se font face et s’opposent, un Dieu, un Pharaon, chacun connaissant une dédicace diverse. Je pourrai parler du temple de Hatshepsout qui, représentée en Osiris, se dresse dans cette cathédrale rocheuse entre les tombes des grands égyptiens. Nous avons ainsi un nombre de temples d’ordre funéraire sur cette rive ouest, qui rendent compte de la grandeur de ces pharaons qui représentent leurs vies selon une propagande ô combien importante. J’aurai envie de vous transporter en ces lieux, tant un texte a bien du mal à rendre compte de ces faits. Je pourrai vous parler de Louxor, Karnak, Medinet Habou ou encore Denderas et Abydos mais le temps me manque et je vois bien mal comment vous faire part de la beauté de ces lieux. Je verrai si je peux mettre des vidéos d’ici quelques temps. Je me contenterai de dire qu’une chose est certaine alors que l’on quitte le pays, on y reviendra et si possible plusieurs fois.

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Le dernier soir le soleil se couche, plongeant le Nil dans une obscurité totale, donnant à son eau un air lourd et puissant. Le léger clapotis nous berce tandis que le Dahabieh reste à quai laissant le vent s’infiltrer en ses voiles. C’est un petit coin de paradis que ce quai qui nous transporte sur les bords de ce Nil milles fois centenaire et sur lequel le temps semble avoir eu bien peu de prise alors qu’il observa son Egypte évoluer allant d’une période pharaonique divine, à une emprise copte puis islamique. Vraiment ce pays a bien des trésors à nous offrir et la plus grande joie pour moi fut la contemplation de Deir El Medineh, ce village artisan, le seul habité de la rive ouest, et celui qui me fit plonger enfant dans l’archéologie. La voilà donc la raison, je pointais du doigt ce plan urbain qui ne parlait à personne mais qui pour moi me disait tout, me disait tant.

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17 mai 2008

Capitelle du Broum

La pluie tombe, roule, boulle dans la rue et sur les toits. Alors que je devrai réviser je la regarde qui défile et qui inonde, casse les géraniums fraîchement plantés. La nature m’offre une pause, un temps, un instant pour composer à nouveau et faire part des trois semaines passées durant lesquelles je n’aurai rien pu rédiger. Il va de soit que chaque semaine mériterait des pages mais je reviendrai sur quelques éléments dès que j’en aurai l’occasion.

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Il y a maintenant trois semaines je me rendais vers le sud, en direction de Montpellier pour profiter d’une semaine et pouvoir fouiller. Je découvrais ainsi un site perdu à une heure de la ville par laquelle j’arrivais et me trouvais plongé dans une ambiance sudiste divine. L’huile d’olive coulait, les poivrons nous nourrissaient, aucun doute j’avais quitté la capitale pour rejoindre ce que j’aimais. Sur place, une équipe haute en couleur avec finalement peu d’étudiants, des chercheurs majoritaires, un archéologue INRAP qui attendait d’être rappelé alors qu’il continuait son mémoire, des thesards et même un retraité. Le chantier avait bien entendu nombre de cas, plus ou moins intéressant il va de soit, sur lesquels je ne m’attarderai pas. Nous étions par ailleurs trois parisiens, à souffrir du climat et du manque de carbone mais nous survécurent tout de même, nous soutenant tour à tour dans les moments difficiles. Mais maintenant que le décor est planté, dans ces collines qui sentent le thym et les herbes sauvages, je crois qu’il importe de situer ce site qui, perdu entre deux collines, inconnu de beaucoup, révèle bien des surprises.

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Le site de la Capitelle du Broum, tient son nom de la capitelle se trouvant au dessus de ce dernier, et du cour d’eau nommé le Broum qui coule fièrement en son pieds. Nous sommes alors en présence d’habitats circulaires en pierre sèche avec des assises sublimes, des portes divines et un sol intéressant avec une dalle particulièrement belle. Le mobilier peut parraître moindre mais durant cette saison une hache polis aura vu le jour, accompagnée bien vite d’une pointe de flèche sapiniforme, d’éclats de céramique dont l’état me laisse sans mot, tant cette dernière était humide et assez dégueulasse il faut le dire si ce ne sont les tétons qui fleurissaient, et enfin quelques os (ma belle mandibule de mouton), points de cuivre et autres éléments faisant part de la traite de ce matériau. Non vous ne vous méprenez pas, la chose est étrange, il s’agit en effet du premier site sudiste à entreprendre une fonte du cuivre et une exploitation de ce matériau qui se trouve non loin de là, à quelques minutes de marche dans les hauteurs sur les mines du domaines de Cabrières-Péret (3000-2400 BC) (très bon vin au passage). On ne peut réellement proposer une classification culturelle d’un tel habitat qui semble bercé entre divers courants. Il sera donc plus propre de parler d’apports successifs des cultures qui se marient et se révèlent en ce site, ce qui fait taire alors toute séparation strictement géographique des cultures. Je ne vais pas me lancer dans une interprétation des données mais autant dire que le site mérite à être connu ne serait-ce que par la présence de cette assise à trois niveaux qui semble liée par des couches de terre posées de manière volontaire. Vraiment ce site vaut le détour.

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Pour l’ambiance nous avons profité du dimanche pour visiter les sites régionaux tels que Boussargues et Cambrous. Ce premier site n’était pour moi qu’un cas d’école comme un autre mais c’est alors que je rentrais sur le lieu et que je contemplais l’ensemble des structures que je pris conscience de la beauté de ce dernier. L’expliquer semble assez difficile mais disons qu’à première vue on pense présence d’une enceinte fortifiée, ce qui n’est cependant pas le cas. On parlera plus proprement d’un ensemble de cabanes avec des réserves circulaires et un mur clôture. Ce site fut édifié par un groupe agro pastoral du néolithique qui, attiré par cette hauteur calcaire, décida de s’y installer. Si le site est dans un tel état de conservation c’est avant tout en raison d’un incendie qui le figea un instant et provoqua son abandon définitif, élément très intéressant pour les archéologues. Cependant, suite à l’érosion, l’amoncellement des roches par-dessus le site rendu très difficile la reconnaissance des murs, mais grâce à une technique très au point le site fut fouillé dans son intégralité de manière sublime, rendant possible la vision des portes (éboulées et donc comblées) en mouillant les pierres, celles brûlées se bleutant légèrement au contact de l’eau tandis que les produits de l’érosion ne changeaient pas de couleur. C’est ainsi que l’on dégagea les entrées, mais elles sont rares et la principale semble avoir été réduite de moitié pour une raison inconnue (poids peut être de l’ensemble). On a ainsi un mur clôture jouxté de cabanes circulaires qui servaient vraisemblablement de réserves et un ensemble de maisons à l’intérieur. Le site bien apprécié nous nous rendîmes à Cambrous, autre site du groupe culturel Fontbouisse avec des maisons longues à abside simple de part et d’autre de l’édifice. Ainsi les maisons de ce groupe sont caractérisées par leurs absides, simple ou double, et une construction en pierre sèche. L’habitat est impressionnant par ses dimensions et donc sublime avec une toiture de végétaux. Mais avant de passer à la seconde semaine je crois qu’il faut faire part de notre entrée sur le site. Le premier, fermé au public, nous avions les clefs pour nous y rendre, le second devait être ouvert mais étant donné la pluie nous pensons que la personne du guichet préféra fermer et rentrer chez soit. Nous avons donc soulevé le grillage et sommes passé malgré tout … c’est aussi cela l’archéologie, des rebelles virils !

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