17 mai 2008
Capitelle du Broum
La pluie tombe, roule, boulle dans la rue et sur les toits. Alors que je devrai réviser je la regarde qui défile et qui inonde, casse les géraniums fraîchement plantés. La nature m’offre une pause, un temps, un instant pour composer à nouveau et faire part des trois semaines passées durant lesquelles je n’aurai rien pu rédiger. Il va de soit que chaque semaine mériterait des pages mais je reviendrai sur quelques éléments dès que j’en aurai l’occasion.
Il y a maintenant trois semaines je me rendais vers le sud, en direction de Montpellier pour profiter d’une semaine et pouvoir fouiller. Je découvrais ainsi un site perdu à une heure de la ville par laquelle j’arrivais et me trouvais plongé dans une ambiance sudiste divine. L’huile d’olive coulait, les poivrons nous nourrissaient, aucun doute j’avais quitté la capitale pour rejoindre ce que j’aimais. Sur place, une équipe haute en couleur avec finalement peu d’étudiants, des chercheurs majoritaires, un archéologue INRAP qui attendait d’être rappelé alors qu’il continuait son mémoire, des thesards et même un retraité. Le chantier avait bien entendu nombre de cas, plus ou moins intéressant il va de soit, sur lesquels je ne m’attarderai pas. Nous étions par ailleurs trois parisiens, à souffrir du climat et du manque de carbone mais nous survécurent tout de même, nous soutenant tour à tour dans les moments difficiles. Mais maintenant que le décor est planté, dans ces collines qui sentent le thym et les herbes sauvages, je crois qu’il importe de situer ce site qui, perdu entre deux collines, inconnu de beaucoup, révèle bien des surprises.
Le site de la Capitelle du Broum, tient son nom de la capitelle se trouvant au dessus de ce dernier, et du cour d’eau nommé le Broum qui coule fièrement en son pieds. Nous sommes alors en présence d’habitats circulaires en pierre sèche avec des assises sublimes, des portes divines et un sol intéressant avec une dalle particulièrement belle. Le mobilier peut parraître moindre mais durant cette saison une hache polis aura vu le jour, accompagnée bien vite d’une pointe de flèche sapiniforme, d’éclats de céramique dont l’état me laisse sans mot, tant cette dernière était humide et assez dégueulasse il faut le dire si ce ne sont les tétons qui fleurissaient, et enfin quelques os (ma belle mandibule de mouton), points de cuivre et autres éléments faisant part de la traite de ce matériau. Non vous ne vous méprenez pas, la chose est étrange, il s’agit en effet du premier site sudiste à entreprendre une fonte du cuivre et une exploitation de ce matériau qui se trouve non loin de là, à quelques minutes de marche dans les hauteurs sur les mines du domaines de Cabrières-Péret (3000-2400 BC) (très bon vin au passage). On ne peut réellement proposer une classification culturelle d’un tel habitat qui semble bercé entre divers courants. Il sera donc plus propre de parler d’apports successifs des cultures qui se marient et se révèlent en ce site, ce qui fait taire alors toute séparation strictement géographique des cultures. Je ne vais pas me lancer dans une interprétation des données mais autant dire que le site mérite à être connu ne serait-ce que par la présence de cette assise à trois niveaux qui semble liée par des couches de terre posées de manière volontaire. Vraiment ce site vaut le détour.
Pour l’ambiance nous avons profité du dimanche pour visiter les sites régionaux tels que Boussargues et Cambrous. Ce premier site n’était pour moi qu’un cas d’école comme un autre mais c’est alors que je rentrais sur le lieu et que je contemplais l’ensemble des structures que je pris conscience de la beauté de ce dernier. L’expliquer semble assez difficile mais disons qu’à première vue on pense présence d’une enceinte fortifiée, ce qui n’est cependant pas le cas. On parlera plus proprement d’un ensemble de cabanes avec des réserves circulaires et un mur clôture. Ce site fut édifié par un groupe agro pastoral du néolithique qui, attiré par cette hauteur calcaire, décida de s’y installer. Si le site est dans un tel état de conservation c’est avant tout en raison d’un incendie qui le figea un instant et provoqua son abandon définitif, élément très intéressant pour les archéologues. Cependant, suite à l’érosion, l’amoncellement des roches par-dessus le site rendu très difficile la reconnaissance des murs, mais grâce à une technique très au point le site fut fouillé dans son intégralité de manière sublime, rendant possible la vision des portes (éboulées et donc comblées) en mouillant les pierres, celles brûlées se bleutant légèrement au contact de l’eau tandis que les produits de l’érosion ne changeaient pas de couleur. C’est ainsi que l’on dégagea les entrées, mais elles sont rares et la principale semble avoir été réduite de moitié pour une raison inconnue (poids peut être de l’ensemble). On a ainsi un mur clôture jouxté de cabanes circulaires qui servaient vraisemblablement de réserves et un ensemble de maisons à l’intérieur. Le site bien apprécié nous nous rendîmes à Cambrous, autre site du groupe culturel Fontbouisse avec des maisons longues à abside simple de part et d’autre de l’édifice. Ainsi les maisons de ce groupe sont caractérisées par leurs absides, simple ou double, et une construction en pierre sèche. L’habitat est impressionnant par ses dimensions et donc sublime avec une toiture de végétaux. Mais avant de passer à la seconde semaine je crois qu’il faut faire part de notre entrée sur le site. Le premier, fermé au public, nous avions les clefs pour nous y rendre, le second devait être ouvert mais étant donné la pluie nous pensons que la personne du guichet préféra fermer et rentrer chez soit. Nous avons donc soulevé le grillage et sommes passé malgré tout … c’est aussi cela l’archéologie, des rebelles virils !
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